UN PRIVE A LA CAMBROUSSE

Il faut bien le reconnaître : Hubert, héros des histoires que nous concocte Bruno Heitz depuis quelques années, n’est pas un privé ordinaire ! C’est un privé à la cambrousse, loin des ténébreux en imperméable, en feutre ou en costume froissé... Hubert, c’est un rustique qui porte une veste à carreaux sous un polo avachi et une belle casquette authentique. Il se déplace sur sa mobylette pétaradante dans la campagne pas toujours riante de Beaulieu-sur-Morne. Peut-être que le seul point commun que l’on pourrait trouver à Hubert avec les grands privés de la belle époque, ce serait son penchant pour la bouteille et le temps qu’il passe au bistrot du village, quand il a des sous !



Hubert vit dans la France très profonde des années cinquante. Il s’ennuie à faire l’épicier chez la mère Favergeot, une rapia exemplaire. Chaque jeudi, Hubert parcourt avec sa camionnette les routes départementales avec pour mission de ravitailler la population environnante. Comme il s’intéresse à ses concitoyens, il décide de devenir détective et réussit là à résoudre quelques affaires délicates, à exhumer de bien douloureux secrets de famille, à élucider des vengeances qui courent parfois sur plusieurs générations…

Après avoir risqué maintes fois sa vie, et malgré la méfiance des gens du coin pour son coté espiègle et fouineur, Hubert continue ses activités parallèles et tente de faire régner la justice dans sa campagne où il se trame toujours d’étranges affaires.



La série des aventures d’Hubert se lit avec beaucoup de bonheur. Au-delà du trait simple et faussement enfantin de Bruno Heitz, on découvre à chaque tome un véritable univers, presque hors du temps, où les personnages deviennent petit à petit très familiers et très attachants, malgré leurs très gros défauts. Heitz dessine comme il écrit, et ses personnages magouillent comme ils respirent ! ! !

Bruno Heitz prend un malin plaisir à dépeindre les comportements en milieu rural et un certain esprit « pecnot ». Tout se sait alors on vous cache tout, on ne vous dit rien ! Il décrit une France encore très rurale, dans laquelle les choses bougent fort lentement. Le récit est émaillé de nombreuses références très justes sur l’atmosphère, sur la manière de penser et d’agir de l’époque.

Hubert est en réalité un antihéros dont on fait la connaissance dans Un privé à la cambrousse, publié au Seuil en 1996 et Hubert a ensuite peaufiné sa technique et dépensé quelques bidons d’essence pour sa mobylette dans sept autres aventures : Une magouille pas ordinaire, Le Bolet de Satan, Les Fantômes du garde-barrière, Virage dangereux, Au bout du canal, Chambre froide et l’Affaire Marguerite (il parait que c'est le dernier tome ? ! !).

Bruno Heitz excelle dans ce genre qu’il a inventé en bande dessinée, le polar rural, raconté à la première personne et dessiné en noir et blanc. Criant de vérité, très drôle et instructif.

BD au format poche, à partir de 11 ans.

Quelques résumés :

T.1 « Un privé à la cambrousse »

Héritant de leur père, Hubert et Bernard sont obligés de partager: Hubert est propriétaire de la maison et Bernard des terres à cultiver. Ils vivent sous le même toit (celui d'Hubert) à trois car Bernard est marié à "La Rose". La vie s'écoule sans grande saveur à Beaulieu sur Morne, jusqu'au jour où Hubert découvre sa vraie vocation: il est fait pour mener des enquêtes locales, en rase campagne, autour de la vallée de la Morne. Commence alors une vie différente, pas forcément plus enthousiasmante, et le livre nous narre en plusieurs petits récits les résultats des investigations d'Hubert. Jusqu'au coup de théâtre final...

T. 3 « Le bolet satan »

Hubert, notre détective rural, assure les tournées de l'épicier Favergeot, tragiquement disparu dans le tome précédent. Un soir qu'il rentre d'une de ses tournées, le pharmacien lui fait signe de s'arrêter, en pleine campagne, à la Croix des vertus. Le notable veut confier à Hubert un terrible secret : qui tue à Beaulieu-sur-Morne ? On a retrouvé plusieurs personnes assassinées par des chevrotines pour le moins étranges : le plomb qui tue est en forme de caractères typographiques ! En mettant bout à bout ces caractères, Hubert découvrira un message surprenant…

T. 8 « L’affaire Marguerite »

Mais que se passe-t-il à Beaulieu-sur-Morne ? Quelle est cette agitation soudaine à l’Hôtel de la Cloche ? Qui est ce Belge qui y séjourne et qui possède une si belle Lancia ? Pourquoi les gosses du village se ruent-ils tous sur lui ? C’est ce qu’aimerait comprendre Hubert, notre enquêteur propriétaire de l’épicerie tenue radinement par la mère Favergeot et d’une mobylette. Renseignements pris, il s’avère que l’Etranger qui provoque une telle ruée est un dessinateur d’illustrés, celui qui raconte les « histoires d’un gamin avec son chien, le Loulou ! ». Hubert n’en revient pas ! « C’est vrai que ça a l’air de rapporter, la fabrication d’illustrés ! », s’étonne-t-il, lui qui ne lit que le journal local quand il s’en sert pour envelopper les légumes qu’il vend aux commères du village ! Mais pour l’heure, le Hubert a d’autres soucis en tête : il doit payer ses impôts fonciers alors qu’il n’a pas les sous. Deux solutions s’offrent à lui : gagner de l’argent et / ou amadouer le maire pour qu’il arrange son affaire chez le receveur. Pour arriver à ses fins il accepte de veiller sur la voiture en panne du dessinateur belge puis se lance à la recherche de la Marguerite, que l’on n’a pas vue au village depuis un sacré bout de temps. Qui sont les deux individus louches qui se sont installés chez elle ? Pourquoi s’intéressent-ils de si près au Belge ? Au cours de son enquête, Hubert découvre avec stupeur qu’il ignore où se trouve la Syldavie. Il est temps pour lui de se cultiver un peu. Peut-être qu’un peu de lecture l’aiderait…