Richard Egües

Lorsque je quittai Richard Egües ce lundi 24 juillet 2006 j’étais loin de penser que l’adieu serait définitif. Certes sa santé précaire était un sujet de préoccupation depuis une bonne vingtaine d’années, mais ce jour-là il était tout à son travail " un arrangement pour un cha cha chá d’un compositeur américain " et en bonne forme. Quelques jours plus tard Granma publiait une très belle lettre dans laquelle Richard formait des vœux pour le prompt rétablissement du chef de l’état cubain, Fidel Castro Ruz. Las ! La maladie devait avoir raison des dernières forces du grand musicien le 1er septembre 2006 à 0 heure 40.

Eduardo Egües Martínez (alias Richard) était né le 23 octobre 1926 à Cruces, province de Las Villas. Son père lui enseigne le piano, la clarinette et le saxophone. Vers 1947 il commence à étudier l’instrument qui le rendra célèbre, la flûte. Comme beaucoup de musiciens à l’époque il alterne entre différents emplois, en l’occurrence la Banda Municipal de Santa Clara et l’orchestre charanga Ritmo y Alegría. Dans le civil, il est " tabaquero ".

Dès le début des années cinquante il effectuera de nombreux remplacements des flûtistes de l’Aragón, Efraín Loyola puis Rolando Lozano, jusqu’à intégrer définitivement la formation au départ de ce dernier fin 1954. Commence alors une longue période de succès avec le triomphe des " aragones " à Santiago de Cuba, La Havane puis dans le monde entier. Richard est, aux côtés de Rafael Lay, l’artisan principal de cette réussite. Son style à la flûte devient la marque de l’orchestre. Ses arrangements et ses compositions font le tour du monde. Nous citerons les danzones " Gladys " (dédié à sa fille), et " Por eso hay cosas ", les cha cha chás " La muela ", " La cantina ", " Picando de vicio ", " Sabrosona " (en collaboration avec Rafael Lay) et surtout " El bodeguero ", repris entre autres par Nat King Cole.

Admirateur du flûtiste français Jean-Pierre Rampal, Richard s’illustre également dans le domaine de la musique classique européenne, participant aux orchestres symphoniques constitués de musiciens populaires et enregistrant le LD Areito 3808 avec son Adaptation pour flûte de l’étude n° 4 de Karl Czerny.

Après son départ de l’Aragón en 1984 il fonde sa propre formation, la

Orquesta Richard Egües qui enregistre l’album " En Santiago " sur le label Siboney. Une série d’opérations chirurgicales lui interdisent de poursuivre ses activités de directeur. Dès lors il n’apparaîtra plus que comme invité sur diverses productions : " Soy la mulata " du Cuarteto Las d’Aida (1992), " Tata Güines meets Angá " (1995), " Tumbao All Stars " (1995), " Afrocubanismo live! " avec Irakere (1996), " Fórmula uno " de Maraca, " Las leyendas de la música cubana (vol.1) " de la Orquesta América (1997), " Chucho Valdés presenta lo mejor de la timba cubana " (1997), " A toda Cuba le gusta " de l’Afrocuban All-Stars (1996), " Introducing Rubén González " (1996), " Havana Flute Summit " avec Jane Bunnet et Maraca (1997) et " Chanchullo " de Rubén González (2000). Il enregistre également sous le nom de Richard Egües and friends à la tête d’un All Stars en 1999 le très curieux " Rebel Radio with Richard Eg

ües " (mélange de charanga, descarga et techno

© Didier Ferrand

Caribefolk

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