SOLOMON BURKE « Nashville » , 2006 Shout !

Solomon Burke est né dans la communauté noire de Philadelphie (USA) en 1936. Depuis l’âge de neuf ans il est connu comme le « Wonder Boy Preacher » : l’enfant pasteur prodige du Temple de Salomon, église d’obédience baptiste ! En 54, il reçoit sa première guitare et formera rapidement son premier groupe les Gospels Cavaliers. Et l’année suivante il enregistre ses premiers disques pour Apollo. Mais c’est sa rencontre avec Jerry Wexler d’Atlantic qui fera exploser sa carrière de chanteur soul à la voix d’une pronfondeur et dont l’étendue des sentiments qu’elle suggère ne connaît pas de comparaison.

Ce n’est pas pour rien que Solomon fut sacré et reste toujours le roi de la Soul Music. Et même James Brown, qui tenta de lui voler sa couronne, dû se contenter du titre, quand même très flatteur, de Godfather Of Soul… Cette voix, Solomon l’a gardé tout au long de sa carrière jusqu’à son dernier disque en date. « Nashville » est une pure merveille de country suave. Celui qui prétend que dans le sud des Etats Unis la soul noire n’a rien à voir avec la country blanche, celui-là n’a rien compris, tant les influences sont entremelées au niveaux des textes que des musiciens et surtout dans les studios d’enregistrement ! ! !

Et ce sud, Solomon lui rend hommage dès le premier titre, « That’s how I got to Memphis », cette ville qui a connu les studios Sun (Elvis Presley) et Stax (Otis Redding).

Plus on avance dans le cd, plus l’on s’y sent bien. L’écoute est délicieuse d’autant plus lors des duos féminins avec Dolly Parton ou Emmylou Harris par exemple. 14 titres et rien à jeter, hautement recommandé ! !

Et pour tout les amateurs de soul music, je ne peux que recommander le livre de Peter Guralnick : Sweet Soul Music : Rhythm And Blues et rêve sudiste de liberté, Editions Allia. C’est une nouvelle « bible » ultra documentée avec des partis pris très pertinents sur la musique noire du sud US de la fin des années 50 au milieu des années 70. Et j’attire votre attention sur les Editions Allia qui publient régulièrement de très bons bouquins sur la musique !

SEU JORGE « Carolina », 2006 Mr Bongo

Jorge Mario Da Silva (de son vrai nom) vient de la rue. Depuis son enfance où il dormait avec sa mère dans des toilettes publiques, il s’est promis de sortir de la misère coûte que coûte. Seu Jorge enchaîne les expériences artistiques et de nombreux petits boulots. Il se fait connaître d’abord grâce au groupe Farofa Carioca. Ce groupe différent des autres apporte une nouvelle fraîcheur à la Musique Populaire Brésilienne et trouve un bel écho dans la jeunesse de Rio. Se tournant vers d’autres horizons, il prépare son premier album solo et se lance dans une nouvelle aventure : Planet Hemp, un groupe de rap beaucoup plus violent et politisé, aujourd’hui dissout.

Puis Seu sort « Samba Esporte Fino », un album pop influencé par les airs de Jorge Ben Jor, Gilberto Gil et Tim Maia. Ces artistes ont bercé le gamin des favelas abreuvé par les charts internationaux, puis par la samba. La rythmique funk de certaines chansons trahit son amour également pour la scène samba funk du Rio des années 70. Elu album de l’année au Brésil en 2001, ce premier disque est édité à l’extérieur du Brésil sous le titre de « Carolina » un an plus tard. L’Europe découvre Seu Jorge grâce au documentaire Moro no Brasil (1998) puis avec le film la Cité de Dieu où il joue Manu le chauffeur de bus (2002). Son second album « Cru », unanimement acclamé par la critique paraît en 2005, il flirte avec un blues tropical authentique.

Aujourd’hui, cheveux en bataille, le regard tranquille, Seu Jorge mène conjointement sa carrière cinématographique et de chanteur-musicien. Il réalise une bonne partie de la bande son du film de Wes Anderson La Vie Aquatique en reprenant en portugais des classiques de David Bowie. Cela aboutit au disque « The Life Aquatic Studio Sessions » (beaucoup de saudade et de lamentations mais quel talent !) en 2006 chez Mr Bongo/Because Music en France. Ces derniers en profite pour rééditer « Carolina », une merveille de fusion samba-funk aux accents tantôt rock, pop ou reggae carioca ! ! !

Même si sa musique ne laisse plus rien transparaître de son passé difficile, Seu garde au cœur une rigueur poétique dans tout ce qu’il fait et chante toujours pour le peuple. A 37 ans, Seu Jorge est considéré comme le renouveau du son samba-pop brésilien ! Et on attend avec impatience de pouvoir mettre une oreille sur le prochain disque : « América Brasil o Disco ».