Boeuf derrière les barreaux SUD OUEST Samedi 27 Décembre 2008

PRISON. Jeudi dernier, huit musiciens d'Es lo que hay ont donné un concert dans le gymnase du nouveau centre pénitentiaire. Une expérience riche en émotions

Es lo que hay. En français, ça veut dire : « C'est ce qu'il y a ». Traduction : « Faut faire avec ». Une philosophie qui colle à la peau du groupe éponyme, formé en 2002 par douze amis d'enfance musicos amateurs, de 20 à 50 ans, et qui ont traîné leurs partitions dans des formations renommées.

Deux accordéons, une contrebasse, un ukulélé, deux guitares, deux chanteurs, une section cuivre, une batterie réunis aujourd'hui autour d'une musique festive, « trash musette », de textes engagés et d'idées qui vont avec. « On n'est pas fashion », sourient Patrick Daugreilh, l'un des chanteurs - éducateur spécialisé à la ville - et Frédéric Garcia, guitariste et prof de carrosserie. En résumé, s'ils sont invités à la Fête de l'humanité, ils sèchent « l'université d'été de l'UMP ». Le message est clair...

Engagé, le groupe affiche la couleur, joue partout, dans les rues, les marchés, les bars, les cercles de travailleurs et d'ouvriers et s'étonne de son succès. Obligé même de refuser des concerts pour des raisons juste conjugales. « On a tous femme et enfants. Plus, c'est la gueule assurée. » Aujourd'hui, il y a même un CD, un album de 13 titres.

Huis clos

Mais jeudi dernier, l'invitation ne se refusait pas. Es lo que hay. La phrase collait pile poil avec cet étrange programme : un concert en prison. Le premier événement culturel derrière les murs du nouveau centre pénitentiaire de Pémégnan. Le premier concert à huis clos pour le groupe.

Une expérience que les musiciens prennent comme un vrai cadeau. « C'est un public de rêve », souffle Patrick Daugreilh, « c'est vraiment l'impression d'un don. Nos textes sont écrits pour eux, les bannis de tout, enfermés ».

Avec cette motivation-là, huit membres d'Es lo que hay ont passé la porte de Pémégnan jeudi dernier. « Dès l'entrée, il y a cette ambiance bizarre, cette chape de plomb qui tombe sur les épaules », décrit le chanteur. Le noeud au ventre, ils arrivent dans le gymnase où les attendent « 40 à 50 détenus ». Les premières notes sont un peu difficiles. « D'habitude, nos concerts sont très festifs. Sur scène, il y a un côté égoïste, on s'éclate. Et plus on s'éclate, plus le public s'éclate. Mais là, on ne pouvait pas. On ne pouvait pas faire de grands sauts partout, danser. C'est un peu un ballet dans la lunette arrière. »

Mais au troisième morceau, les détenus réchauffent l'atmosphère, à coup d'applaudissements. À la fin, les musiciens partagent même le goûter de Noël offert par le Secours catholique. « On leur avait emmené des tee-shirts du groupe, ils sont tous remontés dans leur cellule avec le vêtement sur le dos », sourit Frédéric Gracia Des détenus ravis de leur visite. « On y va pour leur faire passer une journée plus rapide que les autres, ils nous en sont reconnaissants ».

Un concert dont Es lo que hay ne sort pas indemne. « C'était une belle expérience. Qui nous a vraiment remués. Chaque fois qu'on joue, on se retrouve pour faire la fête. Là, on est arrivé, on a joué, on est parti. On ne s'est pas dit un seul mot à part : "allez les gars, on se rappelle hein... » Et chacun chez soi, « vidé, rincé ». « Il y a quelque chose de préoccupant à l'intérieur qui pompe beaucoup d'énergie. 50 mecs assis devant soi, on sait qu'on va passer quinze minutes, une heure avec eux. Et en partant, il y a en a un qui nous a dit : à l'année prochaine. Avec un grand sourire en plus... » Les musiciens eux récidiveraient avec plaisir.

Auteur : Aude ferbos http://www.sudouest.com/gers/loisirs-culture/article/457866/mil/3970706.html