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Chinoi

Un jeudi soir comme beaucoup d’autres ? Non ! Ce soir, Gary et moi-même avons rendez-vous avec un pilier du rock alternatif français : une rencontre haute en couleur avec celui que l’on surnomme Chinoi !
Le cadre, c’est Le P’tit Rouge, un bar de Bordeaux dans la chaleur populaire du quartier St Michel, bières, vin rouge et petits pastis sur fond de rock revendicatif. Notre homme arrive en vélo, salopette délavée, le béret Kangool bien planté sur le crâne. Il a le sourire fuyant et nous annonce la mort du chanteur des Dogs, groupe avec lequel il a pas mal tracé sa route fin 70 début 80. Silence respectueux…
De courte durée, on commence à parler de mille choses alors que le walkman n’est pas encore branché ! Il faut vite s’attabler et sortir le matériel de sa poche car on ne veut pas rater une miette. Extraits choisis d’un entretient qui dura plus de deux heures !!!

Pourrais-tu te présenter ?
Au départ, j’étais musicien, puis j’ai fait du son car je n’étais pas assez bon musicien. Mon métier, on pourrait le définir comme ingénieur du son, spécialiste des sons en tous genres.

Quel a été ton premier contact enfant avec la musique ? Cela vient de ta famille ?
J’ai toujours vécu dans la musique. Je n’ai aucun souvenir précis, on a toujours écouté de la musique chez moi, la radio... On écoutait de tout. J’ai commencé à jouer de la trompette à huit ans. Dans les années soixante, Mérignac était encore une base militaire où les américains avaient construit des cités. Avec ma mère, on est venu s’installer dans une de ces cités où il y avait encore pas mal de Ricains dont des étudiants qui jouaient de la trompette et qui m’ont branché dessus. Puis, j’ai participé à une fanfare. J’ai été élevé par ma mère qui écoutait beaucoup de musique, élevé au milieu de la peinture et de la musique.
J’ai continué en jouant dans des groupes. Je m’occupais toujours des bricolages et de la sono car à cette époque là il n’y avait pas grand-chose. Comme Bill Wyman qui est arrivé parmi les Stones parce qu’il avait un gros ampli sur lequel ils pouvaient tous se brancher pour chanter dessus, moi j’étais un peu ça puisqu’en tant que guitariste j’avais un ampli. C’est comme ça que je suis devenu ingénieur du son. C’est l’époque où l’on avait plusieurs casquettes et cela existe toujours mais largement moins qu’avant maintenant, car il y a beaucoup plus de techno. Auparavant, il y avait toujours un musicien dans tous les groupes qui s’occupait du son, et donc moi j’y suis venu par ce biais là.

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Chinoi au bar le P'tit Rouge

Te souviens-tu de ton premier groupe ?
C’était une fanfare, la fanfare de Pessac Alouette !

Après la fanfare, es-tu passé rapidement à des groupes rock ?
Non à du folk ! Des groupes, j’en ai fait un paquet mais il y a eut une époque dans les années 70, un peu comme maintenant, où l’on mélangeait un peu tout, où l’on découvrait de nouvelles musiques. Je me suis retrouvé à faire du rock. C’était l’époque de la folk-rock, de la musique américaine des années 70. On s’est mis à mélanger les genres. Donc le premier groupe vraiment officiel pour moi, c’était un groupe folk-rock où l’on jouait de la bombarde, de la guitare électrique, du banjo, de l’orgue... En même temps, je jouais dans un petit orchestre de bal car il n’y avait pas de DJ dans les soirées s’était souvent un groupe qui jouait. On faisait des reprises des Beatles, les Stones... des groupes de l’époque.
C’était mes deux premiers groupes où dans un on faisait plus de la création, du mélange folk, même si l’on faisait aussi des reprises. D’ailleurs, dans un groupe il y avait le chanteur des Strychnine, Kick, qui jouait de l’épinette des Vosges, il y avait aussi Garlo, bassiste, violoniste, qui a un studio à Bordeaux à présent. C’était un peu comme maintenant mais avec moins de moyens, comme on ne pouvait pas faire du rock partout, on partait jouer dans les bals folks où l’on jouait les Stones à la gratte sèche et au violon.
Puis, je suis monté à Paris avec un groupe où je me suis fais remplacer par un bassiste avec qui j’avais joué à Bordeaux. C’est là que je suis devenu ingénieur du son car je me trouvais trop mauvais musicien et j’avais donc ma place à prendre dans le son, déjà dans ce groupe où je faisais un peu tout. C’est là que j’ai fait mes premiers pas dans le monde professionnel.

Lorsque tu étais avec tes premiers groupes à Bordeaux, est-ce que c’était déjà un choix professionnel ou n’étais-tu pas encore décidé ?
Je ne me suis pas posé la question à l’époque. J’ai eu la chance d’être adolescent dans les années 70 où l’on trouvait du boulot comme on voulait. J’ai arrêté le bahut à 17 ans. C’était le moment où l’on câblait les lignes souterraines téléphoniques et comme je savais brancher trois câbles, j’avais du boulot en pagaille. J’ai passé toutes les années 70 à faire de la musique, à aller dans les festivals, à branler, à travailler trois mois et gagner plein d’argent car on n’était pas très nombreux à câbler donc on prenait de la thune. On ne se mettait pas au chômage, on n’y pensait même pas. L’allocation chômage a été instaurée en 1978 et moi je bossais depuis deux ans. On bossait par périodes de trois mois et le reste du temps on ne faisait rien, on claquait notre argent, on faisait les cons...
De mon quartier, on était pas mal à faire de la musique et on est toujours dans ce business. C’est comme à Sèvres avec Manu Chao et ses acolytes. Je ne sais pas si j’ai toujours cru que je ferais ça mais j’en rêvais qu’en j’étais gamin. A un moment j’ai eu un métier de monteur-câbleur dans les Télécoms qui m’a permis de bien vivre et de ne pas trop m’en faire. Puis un jour je me suis lancé dans l’aventure sans me poser de question. Je suis devenu pro assez vite car à Paris pour vivre, tu n’as pas trop le choix, ce n’est pas comme à Bordeaux ou Bayonne. Je suis tombé sur des mecs de La Teste, avec qui je suis monté à Paris, qui étaient assez carrés et qui voulaient vivre de la musique. Lors des concerts, j’ai rencontré Alain SIMON qui faisait de la sono dans tous les trucs alternatifs. Il n’y avait pas grand monde à l’époque et il avait besoin de quelqu’un et quand il m’a vu assurer, il m’a embauché.
J’ai rencontré Strychnine à Paris, qui avait une petite notoriété française. Entre bordelais, on s’est revu et du coup je suis rentré à Bordeaux avec eux, et là j’ai revécu une autre période bordelaise avec Noir Des’ et toute la clique. C’est à ce moment que j’ai commencé à faire mes premiers disques.

Quand tu étais sur Paris au moment où tu as eu le déclic pour te tourner vers le son c’était uniquement autour de la sonorisation des concerts...
Non, j’avais déjà enregistré. J’avais déjà un magnéto quand j’étais gamin, j’ai toujours été intéressé par la technique. J’ai même fabriqué ma première chaîne stéréo avec de vieux postes ! J’étais bricoleur et j’aimais bien ça. J’ai enregistré assez vite, j’ai de vieux enregistrements que j’avais faits gamin.
Quand je suis rentré à Bordeaux, j’ai réalisé pleins de maquettes pour beaucoup de groupes, avec trois fois rien, sur des cassettes en 4000 DS... J’avais compris des trucs d’Angleterre qu’on n’avait pas encore compris en France. Les Anglais enregistraient sur n’importe quoi et sortaient leurs disques alors qu’en France, on a attendu très longtemps et ça rame encore. Alors que dans les années 70, prend l’exemple du groupe de Clapton qui a existé un an et demi. Il a sorti 3 albums. C’était une autre mentalité qu’en France en Angleterre. J’ai fait les premiers pas de la Souris Déglinguée et ce n’était pas gagné d’avance !

Que se soit autant au niveau des concerts que des enregistrements, ton départ c’est plutôt fait dans l’alternatif...
Oui, si tu veux. Mais lorsque tu es technicien au bout d’un moment tu ne tournes pas que dans l’alternatif. A l’époque où je m’occupais de la sono de La Souris, je faisais en même temps Daniel Guichard. Il est vrai que je suis tombé sur des mecs alternatifs même dans la variété car par exemple Daniel Guichard a produit le second album de La Souris Déglinguée. Etant en bis-bi avec le show-business, il avait monté son studio et son label Kuklos Production (ce fut l’un des premiers à le faire et maintenant ils le font tous, Cabrel...).
Quand tu fais du son il faut savoir accepter toutes propositions surtout quand tu as une boîte. Evidemment, tu fais des concerts. Ayant monté moi-même une boîte de son, je sais qu’au bout d’un moment cela devient ingérable. Dans la musique, tout le monde pleure son budget, à moins de tomber sur une grosse prod où là c’est royal.
A l’époque, il y avait quatre boîtes à Paris, nous on était la plus petite boîte. On avait toutes les miettes mais on était bien content. D’un autre côté, je faisais de la variété, j’ai fait le mariage de Julien Clerc dans le Médoc, des mariages et des anniversaires…
J’ai travaillé longtemps avec Manu Chao, je le prenais comme road car il avait besoin de pognon, et moi j’avais de bons budgets à l’époque. Pour pouvoir suivre les Hot Pants qui ne me rapportaient rien, je faisais David Martial. C’était pas mal d’ailleurs, on se marrait bien, on est parti avec Manu Chao qui n’en revenait pas, lui qui avait toujours voyagé dans des camions pourris. On faisait tout le sud, on dormait dans des hôtels 3 étoiles, on mangeait comme des rois, les soirées étaient bien payées... Je donnais 500 balles à Manu, il était bien content, et moi j’en prenais encore plus.
Quand tu fais du son, tu es amené à faire de tout. J’ai monté la boîte en faisant de l’évènementiel, j’ai travaillé pour Paribas etc... Mais à la base je suis musicien et je suis branché musique.

Dans tout l’éventail des personnes et des groupes avec lesquels tu as travaillé, il doit y en avoir qui t’ont apporté quelque chose, non ?
Tout le monde t’apporte quelque chose. Mais c’est sûr qu’avec un mec comme Manu Chao, par exemple, tu passes à un autre niveau. Par contre, je suis passé à un échelon technique supérieur avec Los Carayos et les Négresses Vertes.
Avec La Mano Negra, c’est venu assez naturellement puisque j’ai travaillé pendant dix ans avec Manu Chao. Il m’a forcément amené des choses et vice versa. Il m’a beaucoup appris sur le travail en studio, sur la production car il faut dire que c’est un producteur né, sachant où il veut aller avec les arrangements. Il m’a appris les cuts, les arrangements vite faits, etc... J’ai même composé des morceaux avec lui.
Mais là où j’ai le plus appris, c’est avec les Négresses Vertes ou les Carayos. Los Carayos, en matière de son, galéraient énormément car ils avaient des banjos, des guitares sans ampli, pas de guitare électrique, une contrebasse et une caisse claire, que de l’acoustique et ils ne jouaient que dans des festivals où l’on retrouvait les Wampas, les Garçons Bouchers qui eux aussi galéraient parce que tout était en direct.
Hadji-Lazaro avait pigé le truc en passant tout sur son magnéto, on a bien bossé ensemble et nous avons avancé tous les deux, même s’il possède des qualités que je n’aurais jamais comme la mémoire. Hadji passait tout dans sa console, il était obligé de faire le son en jouant et comme il jouait du banjo, de la mandoline, du violon, de l’accordéon. Il avait beaucoup de mal.
J’ai rencontré Manu par hasard. C’est une drôle d’histoire parce qu’à ce moment là je tournais avec Oberkampf dont le manager était aussi celui des Hot Pants (le premier groupe de Manu). C’est assez compliqué : j’en ai pour la nuit si je raconte tout !!!
Mais en bref, je rencontre Manu à Paris qui me dit qu’il cherche de quoi produire un album mais qu’il n’a pas beaucoup d’argent, du coup je lui ai fait un petit budget. Je connaissais déjà les Hot Pants quand ils jouaient avec les Kingsnakes de Daniel JEANRENAUD qui était le meilleur groupe de rythm’n’blues rock’n roll de l’époque avec les Blasters de Los Angeles. Les Kingsnakes devenant trop dur à rassembler, puisque certains musiciens vivaient à Los Angeles, Genève... !! Daniel, étant à Paris, a pris les Hot Pants pour l’accompagner.
C’est comme ça que j’ai rencontré Manu qui m’a présenté Hadji-Lazaro qui est du même âge que moi et qui a donc la même culture que moi. Manu m’a dit qu’il jouait avec los Carayos qui galéraient toujours sur le son et m’a demandé de venir les aider sur un festival où l’on retrouvait les Hot Pants et les Garçons Bouchers. Ils avaient en effet un problème pour pouvoir amplifier leurs instruments et avoir un gros son. J’ai trouvé la combine assez vite. Ayant fait du Folk avant, j’avais déjà amplifié des instruments acoustiques et du coup je leur ai fait faire des pas de géants !
Pour moi, Los Carayos étaient « le groupe », on aurait été chez les Anglo-saxons, on aurait fait un malheur. Aujourd’hui encore j’écoute les disques qui ne sont malheureusement pas bien faits. Il y avait un potentiel, ça a été sympa pendant trois ans puis la Mano est devenu trop grosse et Manu a arrêté l’histoire. Avec eux, j’ai appris beaucoup sur le son notamment en passant dans tous les festivals.

Tu continues donc l’aventure avec Hadji-Lazaro et Boucherie Production...
Oui, nous avons monté Boucherie Production ensemble. C’est un super souvenir mais cela m’a coûté mon couple. Je me suis un peu fâché avec lui pendant un bout de temps, j’ai toujours un passif financier avec lui…
C’est une bonne expérience, j’ai de bons souvenirs. A cette époque ça a bien cartonné, on n’avait pas le temps de penser à autre chose. En fin de compte se sont quatre ans de boulot, d’avoir fait des trucs pas mal, mais cela ne me rapportait rien. La musique s’est aussi ça : ce n’est pas joué, le pognon, tu ne gagnes pas ta vie... et même si tu pouvais la gagner, il y a toujours des bazars au milieu.
C’est avec Boucherie que j’ai commencé à faire des albums en série, j’en ai fait des pas mal pour l’époque comme « Le Crab’s ». C’est le moment où tu es à fond, tu ne dors plus, tu fonces... Mais je crois que s’est révolu. J’ai refait d’autres choses après mais je pense que ce n’est plus pareil maintenant l’environnement n’étant plus le même.

Puisque tu parles d’évolution, qu’y a-t-il de plus ou de moins pour toi aujourd’hui dans la scène rock ?
Maintenant, il y a les intermittents. Tout le monde peut-être intermittent et ça fout le bordel. Je crois que c’est la chose qui a un peu changé l’histoire. Avant, dans le milieu alternatif, c’était beaucoup plus à la démerde même s’il y en a qui se bougent comme Les Hurlements de Léo.
Il y a un truc qui n’a pas changé se sont les gens qui se mettent ensemble pour faire des choses. Il y a 50000 labels mais il n’y a personne qui émerge vraiment, à part si tu vas à Paris dans les majors.

N’as-tu pas l’impression que l’on revient à de l’associatif autour de la musique et pas uniquement pour en faire du bizness ?
Ils ont envie d’y revenir mais le problème est qu’aujourd’hui les structures sont telles que tu ne peux pas passer au travers.
Je prends l’exemple du chapiteau d’Alric (à Bordeaux sur les berges de la Garonne, ndlr) qui est obligé de devenir tout clean car il a tout le monde sur le dos. Et du coup, cela revient plus cher (il faut payer tout le monde, les charges...), alors qu’à la grande époque de l’alternatif, il n’y avait pas de subventions et autres et cela était moins surveillé. On faisait des plans au black et tout le monde s’en sortait, tandis que maintenant il faut que tout soit carré et un chapiteau comme chez Alric aurait pu décoller très vite mais en fait cela aura du mal.
Tout devient trop cher, les charges des technos et des musiciens... C’est pour cela que tu vois arriver les Américains et les Espagnols en France car ils sont payés le minimum syndical. S’ils se débrouillent pour faire 40 dates ils sont intermittents, alors que chez eux ce n’est pas pareils. En Suède, les musiciens sont plutôt bien aidés, c’est là-bas que j’ai touché des allocs pour la première fois. Pendant des années j’ai fait du son sans être déclaré.

Peut-on dire aujourd’hui que les enjeux financiers vont amener une certaine perte de la musique ?
En effet, ces enjeux financiers peuvent bloquer les gens. Mais si je prends l’exemple des Turbo Billy, qui ont plein de possibilités d’enregistrer, qui voulaient absolument aller enregistrer en studio, il est très difficile de leur faire comprendre qu’avec un simple ordinateur ils peuvent faire un album sans que ça leur coûte trop cher.
Le côté alternatif existait déjà du temps des Beatles. Ils n’ont pas mis plus de 3 ou 4 jours pour enregistrer leurs deux premiers albums. L’ingénieur du son, à l’époque, ramassait beaucoup. Maintenant, tout le monde est sensé pouvoir être ingénieur du son à partir du moment où tu as deux ou trois diplômes, ce qui d’après moi n’est pas vrai même s’il y en a qui apprenne plus vite.
Aujourd’hui, si tu veux faire une bonne production, on te dit qu’il faut un an de studio, que ça coûte 300 000 euros et les mecs ne comprennent que comme ça. Moi, je le vois dans les majors.
Virgin s’est monté avec un petit studio dans un manoir à la base. Puis il a grossit pour devenir ce que c’est actuellement. En France, les labels, comme Boucherie Production, ne grossissent jamais, sans doute par manque de pragmatisme. Hadji-Lazaro s’est fait plaisir, mais le bizness l’a enfermé dans son truc de label alternatif.

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Chinoi et Gary

Penses-tu qu’aujourd’hui un label ou une structure alternative autour de la musique peut vivre ?
Ca peut vivre avec quelqu’un de malin, de bon bizness-man. Un bon exemple et qui ne paye pas de mine est le label des Noir Désir qui a produit l’album d’Edgar de l’Est qui se vend régulièrement depuis 1994 sans promotion, tout ça grâce à une bonne gestion du disque. Il faut qu’un label soit carré au niveau de sa gestion.
En France, le problème est qu’il n’y a pas de pragmatisme à l’anglo-saxonne. C’est à dire que chez les Anglo-saxons un type qui sort de comptabilité et qui aime la musique va décider d’aller y travailler alors qu’en France, on lui dira de ne pas y aller parce que c’est une galère. Effectivement s’en est une mais pas plus que dans le bâtiment. En France on n’a pas compris, comme Branson ou Jack Rivera de Demond Records, que l’on peut faire des plus-values monstrueuses. Jack Rivera a signé de bons trucs mais pas faciles et aujourd’hui il a un gros label, mais c’est un anglo-saxon alors que chez les français c’est le bordel dans les comptes... Je crois que c’est pour cela que les labels français ne tiennent pas.

Sur les dix dernières années, quelles ont été les collaborations marquantes et que peux-tu nous dire des Spook ?
Avec les Spook, c’était pas mal, on a tourné deux ans et j’ai fait deux albums. C’est ce que l’on a fait de mieux jusqu’à présent car j’ai écouté leur dernier album qui n’est pas génial. Ce que je leur reproche c’est de vivre sur leur intermittence et que leur histoire prenne du temps, alors que dans les années 80, on sortait un album tous les six mois ou un an. Dans les années 70, les anglais sortaient un album tous les deux mois. Par rapport à ça, nous sommes en retard, quand tu es un groupe connu comme Noir Désir tu peux te permettre d’attendre deux ou trois ans. Les Turbo Billy ont attendu un an et demi pour faire un album alors qu’ils avaient les moyens de le faire avant. Pour les Improvisators Dub, c’est la même chose, s’ils n’étaient pas intermittents les mecs seraient obligés de tourner pour faire du fric et ils tourneraient en international.

Pour toi, le statut d’intermittent tue un peu le truc puisque les gens se reposent sur leurs lauriers alors qu’ils pourraient faire beaucoup de choses.
Oui, ils contentent de leurs 50 dates. A l’époque de l’alternatif, des Négresses Vertes et tout ça, on ne faisait pas 50 dates par an mais 300.
Mais tu as encore des groupes comme la Ruda Salska qui fait entre 250 et 300 dates par an !
Mais il y en peu des groupes comme ça et ce ne sont pas forcément les meilleurs musiciens, ils sont donc plus ou moins obligés pour faire leur histoire et ils ne peuvent pas s’exporter.
Alors que les Improvisators Dub peuvent s’exporter dans le monde entier, mais là il y a un manque de confiance en soi ou de je ne sais quoi.
A l’époque de Boucherie Production, on est allé au Canada, en Espagne. Avec los Carayos, on est allé en Espagne avec des cachets minables, on essayait de dealer le disque tandis que maintenant les mecs n’essayent même pas alors qu’il y a preneur partout. Moi, je vois ça comme ça mais j’ai peut-être tort.

D’après toi, qui fait de bons trucs en ce moment au niveau hexagonal ? (tu peux aussi répondre personne !!!)
Il y a un groupe que j’aime bien c’est Dionysos. Je l’ai fait en concert au Jimmy et j’ai bien aimé cet esprit là. C’est eux qui, en France, m’ont un peu étonné.
Les Improvisators Dub, je serais un peu moins concerné, j’aurai un autre regard. Mais ils ne « branlent » rien et arrivent à faire de bons disques. C’est ça qui me manque, quelques fois avec la Mano ou los Carayos avec trois francs six sous, on faisait des trucs de tueurs. Ou du moins, on essayait de les faire, les trucs en dix jours. On enregistrait avec des DJ à trois francs et on donnait le maximum. J’ai vu des groupe en studio où tu es obligé d’aller chercher les rythmiques sur les maquettes tellement ils se la pètent et qu’ils ne font rien alors qu’ils sont dans un super studio. En plus, ils ont réussi à faire un bon disque, mais c’est aussi ça la musique : des fois les branleurs réussissent et les bosseurs font un pauvre disque.
Le deuxième album des Spook, pour moi, il est un peu loupé parce qu’on a voulu le faire trop bien, on l’a trop léché. Je ne dis pas que s’est un mauvais album mais sur le moment tu te dis que tu es passé à côté de quelque chose. J’ai été déçu après, par mon boulot. Mais moi, je suis un influençable, je ne suis pas autoritaire en studio. C’est pour ça que j’aime travailler seul avec mon ordinateur sans personne pour me déranger. Je suis plutôt un solitaire. Lorsque je suis seul, je mets la barre plus haute que lorsque je suis avec des musiciens qui me demandent des trucs très terre à terre.

Tu as dû beaucoup bourlinguer avec la Mano en Amérique du Sud ou au Japon ?
Je l’ai plus connu avec les Négresses Vertes parce qu’avec la Mano on est arrivé sur le tard, bien subventionné. Tandis que les Négresses, on les y a collé direct. C’est la première fois que j’ai connu ça : tu arrives dans un pays les mecs viennent te voir par intérêt parce que le disque leur plaît bien. C’est la folie et personne ne comprend rien !!!
J’ai toujours plus ou moins fait de l’international. C’est une chance que j’ai eu de voyager dès le début au Danemark, en Suède, en Hollande... Avec la Mano, on est allé plus vers le sud.

Qu’est-ce que t’ont apporté tes voyages vers le sud dans ta vision de la musique ou dans ton travail ?
Découvrir des gens, leur façon de travailler...
Au niveau musique, j’ai une culture assez vaste puisque étant ado j’ai beaucoup écouté de musiques, j’allais à énormément de concerts. J’étais ultra-branché ! Dès qu’il y avait un concert que se soit de jazz, de rock ou de chanson, je m’y rendais. C’était les années 70, une époque où il y avait un melting-pot de musiques comme cela peut arriver maintenant de façon différente. Dans ces années-là, il y a eut des groupes fabuleux que l’on va redécouvrir petit à petit, qui sont réédités mais que l’on ne connaissait pas bien à l’époque.
J’ai baigné là dedans et, écoutant beaucoup de musique il n’y a pas énormément de truc qui me décollent aujourd’hui. J’en reviens toujours aux vieux trucs, mais il est vrai que dans les 70’s on découvrait tous les jours un nouveau groupe qui t’allumait la tête. Maintenant cela se reproduit un peu, avec par exemple les Red Hot qui sont arrivés à mélanger deux ou trois bricoles, ils écoutaient les disques de leurs parents.

J’ai ce recul en ayant 46 ans. Ce que j’aime bien maintenant, c’est que l’on redécouvre l’Amérique du Sud. On redécouvre la base parce que pendant longtemps on a connu la salsa cubaine. On redécouvre les Ibrahim Ferrer, les racines qui en fait sonnent le mieux. Ils ont fait de la dance, de la merde pendant 20 ans là-bas. C’était le truc qui se vendait. Maintenant il y a de nouvelles choses.
J’étais en 1992 à Brasilia où il y avait d’excellents groupes de hardcore avec de bons musiciens. Comme à la fin des années 70 en France, à Bordeaux même où il y avait un groupe meilleur que les Clash, Riot qui s’est appelé Control après, qui était de la même veine mais moins influencé par le reggae puisqu’ils étaient à Bordeaux et pas à Londres. Ils n’ont pas existé assez longtemps. C’était les Clash mais en mieux, j’ai vu les Clash à la même époque et ils jouaient dix fois moins bien, sauf que les Anglais savent mieux se vendre, faire du bizness, tout vient de là.
Les Anglais ont les émeutes que créaient les Sex Pistols alors que tu ne pouvais pas rentrer dans leurs concerts parce que c’était tout le temps soirée privée, moi j’ai vu des émeutes pires qu’à Londres avec La Souris Déglinguée à l’Opéra Night : 45 arrestations, tout le boulevard des Italiens en feu... Ca faisait des émeutes de punks, mais cela n’est jamais devenu comme en Angleterre un phénomène de société. On n’en a jamais parlé comme des Sex Pistols alors que leur manager a rebondi sur la petite émeute qui avait eu lieu lors d’une soirée privée sur sa péniche. Cela lui avait coûté du fric alors que ça lui en a rapporté dix fois plus en promo. En France, on n’a jamais su le faire ou alors en reprenant les clichés des Anglais. Le chanteur des Gun’s & Roses qui se fait arrêter à Los Angeles « borracho » (où c’est hyper facile de se faire arrêter borracho !!!), il prend 6000 dollars d’amende mais il a un entrefilet dans tous les canards à scandales du monde entier et donc une promo à 6000 dollars.

Si, Gainsbourg l’a fait...
Mais lui, il avait tout compris, la preuve c’est l’un des plus gros artiste français des 30 dernières années. D’ailleurs, il a enregistré avec les Anglais et après chez les Jamaïcains.
Il y en avait qui ne dormait pas, comme Manu qui bossait. Quand on a enregistré « Casa Babylon », on l’a enregistré dans le monde entier alors que certains mecs t’auraient dit : on reste en studio.
Manu a compris que la musique est assez maléable. Il y a des gens qui comprennent, dans le monde entier, sauf que le bizness anglo-saxon a été habitué à pleins de trucs mais se sont des erreurs aussi. Je veux dire que comme ce sont les maîtres du monde depuis 30 ans, ils n’en ont rien à faire. Même pour les Négresses, cela a démarré d’Angleterre parce qu’ils ont fait « Zobi la Mouche » remixé par X-Express et c’est là-bas que ça a cartonné.
A la même époque que la Mano, on faisait des tournées partout dans le monde et donc on se rencontrait à droite à gauche, à Los Angeles on faisait le Ritz avec un public huppé (Madonna...) et les Négresses cela leur convenait vachement bien aux Ricains. Avec eux, on a fait une tournée à l’américaine, beaucoup plus complète au Japon que la Mano.
Par contre, on arrivait en France, on faisait un Barbey pas plein, alors que la Mano faisait deux jours à Barbey. Chaque chose se fait en son temps, comme Iggy Pop qui remplit deux fois la Médoquine et chez lui, à Détroit, il est dans une salle de 2500 places pas remplie : en trois jours il fait 2500 personnes !!! Alors qu’à Detroit, il y a 4 millions d’habitants et qu’il est de là-bas. Il va à Paris, il remplit l’Olympia. Il va en Suède, il remplit l’hippodrome de Stockholm.
Tu as des groupes comme les Gypsy Kings ou La Lambada (groupe français) qui ont fait trois fois le tour du monde !!!

On va parler un peu d’Amérique latine puisque l’on est un label qui fait du bizness là-dessus. Quels ont été les premiers voyages de monsieur Chinoi en Amérique latine ? A quelle occasion ?
Le cargo au Vénézuela avec la Mano et les Royal de Luxe en 1992. Je crois que c’est la première fois que j’y suis allé.

Donc le cargo, c’était plusieurs ports de la côte...
On a fait bien plus puisque avec le spectacle des Royals, on a fait les ports mais avec la Mano on a fait une tournée complète. Pas mal de pays ont annulé une escale ou deux.

Quels sont tes souvenirs de l’Amérique Latine ?
J’en ai plein. Des filles d’abord (rires), caramba ! ! ! C’est le moins que l’on puisse dire ! Il y a plein de pays différents, je suis allé en Colombie, au Brésil... Ils ont des mentalités différentes.
Je n’y suis pas allé tant de fois que ça. Après je suis allé à Cuba mais ce n’est pas l’Amérique du Sud. La Colombie, je n’y suis allé que deux fois, mais longtemps. La deuxième fois avec Expresso de Yello, j’y ai tourné trois mois. Puis, je suis resté un peu, je me suis baladé en Amazonie. J’ai bien aimé l’Equateur et le Brésil.

Parlais-tu espagnol à l’époque ?
Je le baragouine depuis très longtemps. J’ai pas mal bossé en Espagne il y a trois, pour des groupes espagnols. J’ai enregistré deux ou trois albums là-bas. Mais je le parle mal, je ne suis pas doué pour les langues. Je parle pas mal l’anglais, mais c’est facile, par contre l’espagnol est plus dur mais j’arrive à me débrouiller. En Amérique du sud, ils ne parlent pas un espagnol trop compliqué.

Qu’est ce qui t’a plu en Equateur ?
J’y suis allé avec uniquement la Mano. On devait jouer gratos pour la fête de la musique sur la grande place de Quito. C’était en pleine élection présidentielle, en pleine descente contre les narco-traficants avec les français, les anglais. C’était un sac de crabes et c’est sans doute cela qui m’a plu. C’est à ce moment que j’ai fait l’expérience du train qui descend les Andes, le fameux train Nescafé que l’on voit arriver à Guayaquil sur les photos. J’en ai de supers souvenirs. En plus, arriver à Guayaquil une ville de dopés à mort, de cocaïnomanes dans tous les sens... J’ai vraiment bien aimé.
J’adore aussi la Colombie, je trouve que s’est un pays fabuleux.

La Colombie, c’était surtout la période du train ?
Oui, mais avec le cargo on y est resté pas mal de temps aussi. Avec le train, j’ai eu la chance de vraiment entrer dans le pays, de faire la connaissance de guerilleros, de soldats, des gens de partout. Dans cette histoire de train, on était à moitié des privilégiés, à moitié en première ligne. C’est une expérience humaine, cela n’a rien à voir avec la musique. A propos de la musique, je me souviens du vallenato, la musique qui a cartonné et dont ils pensaient qu’elle pourrait dépasser la salsa. Cela n’a pas tant marché que ça, mais ça a été une histoire de bizness.

Il me semble que suite à cette histoire, tu voulais ramener du vallenato en France...
Oui, mais cela n’a pas collé. Je ne suis peut-être pas assez batailleur par rapport à ça. Je n’aime pas les pouvoirs, et dans des cas comme ça, pour impliquer des gens, il faut avoir des pouvoirs, monter une boîte. Je suis bon lieutenant mais pas bon capitaine. J’essaye de m’y mettre, j’en ai les capacités, mais je n’y arrive pas. Sans ça, je fonderais mon label.
J’ai même essayé à une époque. Chez Island, ils cherchaient un directeur artistique. J’ai pleins d’idées qui ne coûteraient pas cher quand tu vois les sommes qui sont dépensées dans ces labels. J'ai vu débuter les patrons de chez Universal et autres, c’est pour ça que je me dis que je ne serai jamais un général.
Quand on crée un label il faut un minimum d’argent, pour pouvoir faire plusieurs choses en même temps.

Reçois-tu des royautés de chaque disque sur lesquels tu as travaillé ?
Il y a en sur lesquels je n’ai pas droit aux royautés, c’était dealé comme ça ; d’autres pour lesquels je reçois des royautés et d’autres ou je me met un doigt. J’ai touché pour la première fois de l’argent sur les Hot Pants il y a deux ans quand on a gagné notre procès. Et encore j’ai eu du bol parce que les mecs qui avaient mis le producteur en procès, c’était Manu Chao et Santi (patron d’Universal). Moi je n’en avais pas les moyens. Pour gagner quoi ? : Récupérer les bandes, un bon contrat chez Virgin et l’album est casé dans une boîte sérieuse. Cet album aurait dû me rapporter au moins 400 000 balles.
En France les labels devraient devenir plus sérieux. Il y a de l’argent à se faire. C’est ce que j’expliquais au banquier d’un groupe. Ils voulaient faire le deuxième album mais ils leur manquaient 50 000 francs. Le premier album a coûté en gros 100 000 balles, ce qui fait 5000 ventes pour rentrer dans les frais et rembourser les investisseurs. On a fait les 5000 ventes en deux mois, je suis allé voir le banquier un an après pour faire le deuxième album, on en était à 14000 ventes. Je lui ai dit qu’il valait mieux investir dans la musique que dans ses placements à 2 balles qui mettent des années à rapporter. J’ai dit au banquier qu’Edgar de l’Est me rapporte de quoi payer mes impôts fonciers tous les ans, et là ça l’a fait réfléchir : la musique est un bon produit financier !
Ce que la Mano me rapporte tous les semestres, ce n’est pas énorme parce que je n’ai participé qu’à deux albums. Cela me permet de payer tous mes frais de vie quotidiens. Etant propriétaire, maintenant tout le reste, c’est du bénef. A partir du moment où je fais un bon investissement je suis un rentier !
Le dernier album de la Mano a coûté 600 000 balles, avec cette somme on avait fait 60 morceaux dont 20 de mixés, sur l’album il y a 17 morceaux. En fait, on est allé dans des milliards de studios, en Italie… Mais cela ne coûtaient pas cher donc on a jamais dépassé les budgets. Cet album a été deux fois disque d’or en France donc le rapport est de quasiment 1000 % pour la maison de disque. T’investis un peu d’argent et tu te donnes un peu de peine, les disques sont l’une des meilleures affaires du moment !!!.


Chinoi

Si tu le voulais, qui produirais-tu en ce moment ?
Personne ou alors les plans fanfare, pour graviter un peu. Des trucs un peu festifs.
Il faut toujours être sur le steak, je suis le premier à me le reprocher, quelquefois on me montre des groupes que je ne connaissais pas alors qu’il y a 10 ans j’étais au courant de tous les bons groupes qui étaient là. Il faut prospecter en France, en Espagne, partout... Il faut bouger, voir les groupes.

Mais, où le trouver ce groupe alors qu’il n’est pas encore connu ?
Personnellement, je dois le sentir. J’ai trouvé Manu avant qu’il soit connu de tout le monde, j’ai fait la première maquette des Noir Désir...
Je ne pourrais pas vraiment te l’expliquer mais peut-être que cela vient de mon éducation musicale et de mon éducation de la vie qui me font dire que tel groupe peut tenir un bout de temps parce qu’il y a du monde dedans. A l’époque des débuts des Stones, il devait y avoir 15 groupes comme eux sauf que chez les Stones, il y avait Jagger et Richards.
Dans les Noir Des’, il y avait un mec qui s’appelle Denis et son copain Bertrand, je les ai connu ils avaient 16 ans, il y avait déjà quelque chose. Alors va savoir si c’est l’expérience de la vie, je ne sais pas car j’étais jeune quand je les ais connus. Tu tombes sur des gens comme ça et ça ne suit pas, quelque fois il y a des mecs il faut les prendre sur le moment, les attraper, parce que ça ne durera pas longtemps. Les Cream (Clapton, Ginger, Baker) ont tenu un an et demi ensemble, un an et demi durant lequel ils n’ont pas arrêtés.

Je me suis trompé à l’époque de Boucherie. Hadji-Lazaro voulait signer les Satellites, je lui ai dit que des groupes comme ça il y en avait partout en France. Effectivement, sauf qu’il y en avait un qui avait le truc pour faire des choses bien et c’était eux. Du coup c’est Bondage qui les a signés à l’époque parce que l’on se tirait la bourre entre Bondage et Boucherie et c’est eux qui ont fait du plâtre avec. Hadji m’en veut encore à cause de ça. D’un autre côté, on a signé les Crab’s qui n’ont rien fait de plus sauf que le Turbo Billy reprennent deux de leurs morceaux, qu’Edgar de l’Est a piqué tout un couplet sur un de leur morceau !
Entre le disque mythique et le disque qui rapporte de la tune, le mieux est d’avoir les deux comme le Sergent Pepper par exemple.
Moi, j’ai les Hot Pants qui est un disque mythique pour beaucoup de monde. C’est mon premier album sur lequel j’ai fait pleins de conneries. Je n’en reviens pas encore que tant de gens l’aiment mais ils l’aiment pour la musique. C’est devenu un disque mythique mais cela ne m’a jamais rien rapporté. Les Crab’s sont une de mes meilleures réussites, cela deviendra peut-être un super disque d’ici dix ou quinze ans quand il sera réédité puisqu’il n’existe qu’en vynil.
Il y a aussi la question de phénomène de mode. Quand tu me parles des Hurlements, il y a tout de même quelque chose autour de la chanson réaliste avec accordéon et tout et tout...
Que ça marche en Russie, alors que les mecs ont des accordéons et qu’ils assurent grave là-bas, c’est très surprenant. C’est parce qu’eux ont le truc. Musicalement, tu te dis que c’est un peu en travers mais bon. Je me dis que ceux qui en ont vraiment envie avancent forcément. Manu Chao, je sais depuis toujours qu’il avancera et que Schultz n’avancera pas. Pourtant, Schultz a autant de valeur musicale que Manu sinon plus. A la limite, je préfère ce qu’il fait. Quand ils étaient ensembles, il y en avait un qui tirait l’autre et ils faisaient de supers morceaux avec les Carayos.
Il y a plein de mecs qui ont besoin des autres et ce truc là n’existe pas qu’en France. Bowie est allé remonter Iggy Pop, Lou Reed..., de supers musiciens qui, sans Bowie, auraient plongé. A Bordeaux, tu as Philippe Joly qui écrit de très bons textes de chansons et il est inconnu au bataillon alors qu’il vaut Iggy. Mais il est dans la loose à mort (alcool...).
Il y a plein de doués qui rament en France parce qu’ils n’ont personne pour les aider. Tu as Goldman qui aide des gens mais il est dans sa planète et n’aide que ceux qu’il a sous le nez.

Fin de bande, la cassette se bloque, mais la discussion n’est pas terminée. On partage encore des conseils pour les jeunes labels indépendants, des histoires sur la grande époque du rock alternatif, l’aventure de la Mano… Mais de tout ça, il nous reste des souvenirs d’une soirée captivante, pendus aux lèvres de Chinoi, un sacré bourlingueur musical !!!

 

Propos recueillis par Toshiba et Gary un soir d’hiver 2003 à Bordeaux City, retranscrit par Sandra Berlon.
Photos: Toshiba.

Merci Chinoi.

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