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Desorden Público

Interview réalisé en avril 2001 par Cédric avec Caplís et Dan à Caracas.

DP qui êtes-vous ?
Desorden Público (référence aux camions de police de l’Ordre Public chargé de lutter contre les tatouages et les punks) est né en 1985 avec une influence ska 2Tone et beaucoup de punk rock (Clash, Sex Pistols, Talking Heads ) mais au début c’était surtout Specials et Madness.

D’abord DP était un trio puis on a cherché des musiciens jusqu’à arriver à 9 aujourd’hui.
Notre premier disque « Desorden Público » est sorti en 1987 chez CBS avec à l’époque 2 guitares, une basse, un clavier, une batterie, un saxophone et les percussions.

Deux ans plus tard de nouveaux membres sont venus compléter la section cuivre avec un trombone et une trompette en plus d’un changement au clavier .
En 1990 est édité notre 2ème disque : « En Descomposición » plus expérimental. On y trouve des fusions avec d’autres styles : un peu de rap et de reggae. Il est édité dans un moment difficile pour le marché discographique venezuélien, la très forte crise économique a fait que l’on a vendu très peu de disques (15000 exemplaires) par rapport au premier (45000 exemplaires).
A partir de là çà a été la traversée du désert pendant 3 ans : Sony Music a absorbé CBS, aucun disque, peu de concerts, seulement des répétitions et compositions de nouveaux morceaux. On voulait laisser tomber Sony quand ils nous ont appelés pour savoir si on voulait enregistrer notre 3ème album, qui était par ailleurs déjà prêt, avec des producteurs internationaux brésiliens. « Canto Popular De La Vida Y Muerte » nous ouvre le chemin international. Plusieurs morceaux sont repris dans des compiles comme «United Colors Of Ska ».
Puis en 1996 on part en tournée en Espagne et en Allemagne ensuite à Porto-Rico, aux USA, au Mexique où le disque est édité. C’est à partir de ce moment là que l’on a eu un bonne position au niveau international. Des titres comme « Tiembla » (sorte de calypso très venezuelien) nous ont ouvert les portes au niveau national grâce à la radio car ils n’arrivaient plus seulement aux seules oreilles des rude boys et des punks mais aussi à celles de n’importe qui et c’est ainsi que nous avons joué toute l’année dans tout le pays : de Caracas jusqu’aux petits villages.
Le groupe se consolida alors comme un groupe rock-pop venezuelien. Un 4ème opus est paru dans de meilleures conditions d’enregistrement que les précédents avec un autre producteur : K.C Porter ( qui a travaillé également avec les Fabulosos Cadillacs et Ricky Martin). On a enregistré à Los Angeles dans un très bon studio et en 1997 arrive dans les bacs « Plomo Revienta » qui connaîtra un plus grand succès que les autres notamment au Mexique, en Colombie, aux USA. Nous avons joué en Europe deux fois en 1998 et en 1999 pour promouvoir ce disque qui a été un peu édité en Europe avec Sony Hollande qui l’a distribué en Allemagne et en Angleterre.
Les problèmes avec Sony se sont amplifiés et on a commencé à travailler de manière indépendante pour notre propre compte que ce soit pour la tournée européenne ou l’édition du disque dans les pays où il n’existait pas et la relation s’est alors dégradée, il y avait des tensions .
DP devait faire un dernier disque pour finir le contrat il s’agit de « Donde Está El Futuro » une compilation des premières années du groupe en rajoutant des morceaux en live. C’est une pièce de collection car il n’est pas si facile à trouver. En attendant la lettre de sortie de Sony on a fait de nouveaux morceaux et participé à des compiles internationales : Un hommage à Police « Outlandos De America »; Un hommage aux Specials pour le label des Porkers (Australie) avec « Ciudad Fantasma », une reprise de Ghost Town en cumbia-reggae; également un titre pour l’UNICEF et les droits de l’enfant; une compile pour une revue espagnole appelée « zona de horas ». Nous avons aussi collaboré au premier disque solo de Fermín Muguruza avec un morceau composé par les deux parties.
Enfin en février 2000 on a obtenu la lettre de sortie de Sony et on a eu des propositions de la part d’Universal et Virgin. Mais nous n’étions pas intéressé; on ne voulait pas retomber dans le même piège d’une grande maison de production comme Sony avec qui on avait travaillé 11 ans. On s’est donc tourné vers un petit label plus intéressant avec d’autres intérêts qu’une transnationale et qui nous apporterait plus : Guerra Sound Records, plus dédié à la salsa qu’au ska et au rock. C’était une expérience pour eux comme pour nous.
Les titres ont été enregistrés à Miami dans de très bonnes conditions avec un grand producteur venezuelien : César Sogbe, ingénieur du son de Prince, Buju Banton et beaucoup d’autres gens connus et qui, d’ailleurs, était plus dans notre style musical que beaucoup d’autres. « Diablo » sort en décembre 2000 avec la participation de Fermín Muguruza et Neville Staples. On est content de nous. Pour la première fois on a utilisé loops et samplers, on s’est mis à l’électronique à la techno actuelle mais on reste un groupe ska très venezuelien. C’est un disque avec moins d’adrénaline que les autres, moins rapide mais les paroles sont plus mûres. Nous ne sommes plus des gamins, on a dépassé les 30 ans, on a 15 ans d’existence scénique mais le message reste le même : il y a beaucoup de contestation. On y retrouve l’humour que DP avait perdu, beaucoup d’humour noir, de satire et il y a aussi des morceaux romantiques mais sous forme de moqueries .

Parlez-nous du travail avec les Specials ?
En fait il ne s’agit que d’un morceau « Black Market Man » spécialement écrit pour que Neville Staples le chante. On a tout préparé par internet : nous depuis Miami et lui depuis Los Angeles …on lui a écrit, il a répondu en deux jours en nous disant qu’il avait visité notre site internet et savait dès lors que nous étions un groupe sérieux. On lui a payé le billet d’avion L.A-Miami, il a passé une journée avec nous avant de rentrer. On a gardé contact par mails et lettres, c’est une belle amitié avec un type très sensible et professionnel …c’est même plus, un rêve devenu réalité, une légende comme lui, une de nos plus grandes influences. Les disques des Specials sont mes préférés.

Quels sont vos projets ?
On est en train de préparer la tournée nationale de « Diablo », assez grosse avec vidéos, feux d’artifice, costumes…rien que pour nous. Un grand show !
On va essayer d’ouvrir le marché centre-américain : On va jouer au Costa Rica, Panama, Honduras, Salvador. On va pour la première fois en Amérique du Sud ce qui peut sembler bizarre …on a été plus en Europe qu’en Amérique du Sud. On a enregistré une version en portugais de « Combate » pour le marché brésilien, c’est le morceau promotionnel de l’album au Venezuela.
On espère aller tourner quelques vidéos en Grande Bretagne avec un très bon ami qui vit là bas depuis 15 ans pour juin –juillet.
Puis on va en Equateur, Colombie, Mexique (à la fin de l’année), en Espagne, mais on n’a rien pour l’instant en France …on espère…On est en contact avec des gens en Allemagne et c’est possible qu’on aille jouer à Londres où l’on a aussi des contacts.
Il y a aussi un morceau en japonais sur l’album, fruit de notre expérience à Horacio (chanteur) et à moi l’année passée…15 jours au Japon, une folie à vivre.

Vous n’êtes pas distribué en Europe ?
Pour le moment, non. Nous sommes sur le point de trouver un accord avec Pirhana Records un label de World Music mais pour l’instant il n’y a pas d’accord définitif. D’un autre côté il y a un label espagnol très connu et très intéressé. Mais seulement en Espagne et à partir de là ce sera facile de le trouver en Europe. (Ce label a cessé ces activités depuis et Sabor Discos est le seul label qui éditera DP en Europe).

Que pouvez-vous nous dire sur l’évolution de la scène ska au Venezuela ?
Quand le groupe est né en 1985 il n’y avait pas d’autres groupes ska mais seulement de punk-rock avec influence des Specials, Clash, Madness…Nous, nous, étions plutôt ska et le public punk-rock nous a pourtant suivi…les choses ont commencé ainsi au Venezuela.
Certes dans les années 60, il y a eu un groupe de pop appelé « Quatro Monedas », préfabriqué par la télé comme les « Jackson 5 » mais venezuelien avec 2 filles et 3 garçons. Parmi les chansons qu’ils ont faites (style Motown…) ils ont fait un peu de ska avec une reprise de D.Dekker en espagnol et quelques choses de reggae…mais c’était moyen : ils ne savaient pas jouer…Et c’est le seul groupe a avoir fait du ska avant DP au Venezuela. Il y avait bien des groupes de reggae à l’époque mais qui reprenaient uniquement les chansons les plus connues de Bob Marley. Le ska est véritablement né avec nous au Venezuela.
Après nous, d’autres groupes de ska sont nés (Espias…) mais le vrai boom du ska a commencé vers 1991 jusqu’à maintenant avec Palmeras Canibales, Sin Sospechas, Paro Civico …Avec l’explosion du ska aux USA des groupes se sont montés partout : dans la compile « Venezuela ska 2 » ce sont surtout des groupes de la province et de l’intérieur du pays que l’on découvre.
Mais ici il y a plus de groupes ska que de public. En plus, malheureusement, il y a un manque de locaux, ceux qu’il y a sont trop petits et destinés à un public qui n’écoute pas notre musique, et d’un autre côté les radios n’aident pas non plus . Les groupes ont été très mous, paresseux au moment de sortir parce qu’ils ne croyaient pas en leur projet. Ils ne se bougent pas; tout le monde est démotivé parce que les groupes ne travaillent pas. La mystique est perdue; pour préparer les concert où on va jouer …pas d’affiches, de pubs, de démos gravées par les groupes comme l’avait fait DP à ses débuts. De plus nombres d’entre eux travaillent à côté. Il n’y a pas de projet commercial, ils n’essaient même pas de vivre de leur musique, ils travaillent dans des librairies, des boulangeries...
En ce qui concerne les groupes : Il y a un groupe qui s’appelle « Don Khumalo » sur le point de sortir son premier disque produit par l’américain King Django. C’est un très bon disque de ska traditionnel et il y a aussi un groupe de skacore « Skabiosis » qui influencent les jeunes de 15 à 19 ans. A l’intérieur du pays à Barquisemito, il y a « Mr Swing And The Bongo Clan » qui fait du ska jazz traditionnel, sur l’île de Margarita un groupe qui a déjà 10 ans et qui va sortir son premier album très pop « La Fauna Crespucular ». A Merida, il y a Paro Civico dont le premier opus verra bientôt, j’espère, le jour. Sin Sospechas qui existe aussi depuis 10 ans et sort à peine son premier disque. Il y a beaucoup de groupes qui se maintiennent mais je ne sais pas comment.

Et vous ne pouvez pas les aider en tant que « grand frère », avec vos contacts en travaillant avec une Major ?
Bien sur on fait notre possible. On produit ce disque (« Venezuela Ska »), on l’envoie en dehors du Venezuela par des échanges. Parfois je mets de l’argent et j’en perds comme pour « Skabiosis » et « Palmeras Canibales ». De plus ce n’est pas toujours bien que quelqu’un soit comme un grand frère car ils se réfugient dedans et ne font rien , dans une interview ils nous ont même critiqués.
Nous avons depuis 8 ans une émission « radio pirata » à la radio dédiée au ska-reggae mondial…on est toujours en train de passer les groupes qui nous envoient leurs cassettes et on prépare quand on peut des concerts pour eux, voire on les fait jouer durant les nôtres ou quand d’autres viennent comme les Toasters, Scofflaws, Maroon Town …Nous voulons aussi que les groupes voient d’autres groupes de l’extérieur, d’un autre niveau…c’est comme çà que le mouvement ska venezuelien pourra grandir. Et nous sommes fiers de voir que le public venezuelien est connaisseur en matière de ska : ils connaissent Dr Ring-Ding, D.Dekker, Rolando Alphonso, Tokyo Ska Paradise Orchestra et maintenant notre émission est diffusée au niveau national, une heure par semaine dans tout le pays ce qui permet à une musique non commerciale d’être entendue.
Le mouvement ska vénézuélien est trop passif : ils viennent à l’émission, jouent, mais ne font rien d’autres, pas d’affiches…les disques ne se finissent pas. Je vois les choses comme çà.
Il devrait y avoir plus de programmes même piratés. Pourquoi cela ne se fait pas ? L’unique compile venezuelienne c’est DP qui l’a produite et elle a été éditée en Espagne, au Mexique, à Chicago et au Japon : elle est épuisée. En Espagne, elle s’est vendue plus qu’au Venezuela. On se fatigue …c’est ma façon de voir.

Quels contacts avez-vous avec les groupes extérieurs ?
Beaucoup avec Porto-Rico et le Mexique où nous avons beaucoup joué pendant 7 ans, nous y avons beaucoup de potes. On a joué autant au Chopo (Mexico) que dans les festivals comme « En vivo latino »…mais nous manquons de soutien de la part de la maison de disque, il ne manque pas grand chose pour que le mouvement soit plus massif. Nous sommes considérés là bas (Mexique) comme un bon groupe ni comme des stars ni un groupe underground, entre les deux.
Nous avons beaucoup d’amis dans la scène colombienne qui est très récente. En Argentine le mouvement est souterrain : on y est un peu connu et je connais quelques groupes. Au Brésil on est en contact avec Bruno Lancelloti qui a une programmation radio et qui est un pote du responsable de Moon Records Brasil; on fait beaucoup d’échanges avec lui.

Et internet ?
On a deux pages en espagnol au Venezuela: une officielle (tenue par Sony) et une faite par des fans qui en même temps sont des amis, qui nous connaissent depuis le début. On préfère la leur et on leur donne des infos directement.
Puis on en a une aussi faite en anglais à Vancouver par une Vénézuélienne qui est partie vivre là bas et qui est tenue à jour et une autre en Espagne : Diferenskalo.
Nous avons créé récemment une nouvelle adresse internet après nos problèmes avec Sony : www.desordenpublico.com.be car Sony est propriétaire de www.desordenpublico.com

Etes-vous déjà venus en France ?
Oui nous sommes allez dans trois villes : Narbonne, Roubaix et Bordeaux en 1998 …c’était super on a joué à Roubaix avec un groupe punk de la fin des années 70 pour un public punk, oï et skin …c’était très divertissant !
A Narbonne on a joué avec Kargols, Dr calypso et …je ne me rappelle plus …un petit endroit hallucinant …c’était vraiment bien. A Bordeaux c’était avec un groupe punk français de la région un peu ska et avec un accordéon …il était très bon.

Avez-vous un message pour le public français ?
On aimerait jouer à Paris où l’on ne connaît que la tour Eiffel. On y a pris une photo lors de notre première tournée européenne. C’est un fabuleux pays.

On va finir avec des mots et tu vas me dire, Caplís, à quoi cela te fait penser ?
SKA ? Ma vie
LOS FABULOSOS CADILLACS (des Argentins) ? Trop de chance
REGGAE ? une vie de bonheur, une autre grande passion.
SKIN HEADS ? un grand public

MERCI
…merci

Merci les Desorden Publico.

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