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Karamelo Santo

(Interview réalisé par Toshiba lors du concert à la Scène à Pau le 24 juin 2002.)

Toshiba : Présentez-vous ?
Karamelo Santo : Moi c’est Goy le guitariste de Karamelo. Le groupe est né il y a 8 ans exactement dans la province de Mendoza en Argentine avec l’envie de mélanger les musiques latino-américaines avec le reggae et le ska de la fin des années 70 (Madness, Specials, Clash…) sans oublier les groupes latinos que nous écoutions à l’époque. En 1992 sort notre premier disque « La Kulebra », qui est réédité de manière indépendante en 1995. Puis 2 ans plus tard, les labels DBN et TTM (celui de Todos Tus Muertos, groupe argentin phare) nous contactent pour sortir un deuxième opus : « Perfectos Idiotas » (1997). On aurait dû continuer avec eux, mais à cause de la crise économique, il nous a été difficile de terminer le troisième album avant la fin de 2001. Cet album qui s’intitule « Los Guachos » est en train de sortir en ce moment en Argentine et à notre retour là-bas, on le présentera au public.

 

T : Quel est le nom du label ?
K.S : C’est DBN, en fait c’est un distributeur national.

T : C’est le label des Cafres (autre groupe de reggae argentin), n’est-ce pas ?
K.S : Oui mais aussi d’autres groupes connus. C’est un des distributeurs indépendants les plus importants du pays mais en ce qui concerne le label c’est en fait le nôtre : Benditas Producciones. On s’est associé avec des amis qui ont investi de l’argent, c’est un peu comme une coopérative. Le groupe a participé financièrement pour le studio et l’enregistrement et les autres une partie de l’édition et de la distribution.

T : Quelles sont vos influences, car on entend aussi bien du rock, que des sons jamaïcains et de la cumbia dans vos concerts ? La cumbia ce n’est pas argentin c’est colombien, non ?
K.S : En réalité oui, la cumbia colombienne est la plus connue mais cette musique existe partout en Amérique du sud. Aujourd’hui la cumbia est n°1 en Argentine. C’est un thème anthropologique à part qu’il faudrait étudier. Nos influences sont bien sûr le ska, le reggae, les rythmes latins et la musique que nous écoutons en permanence partout, dans la rue et ailleurs, celle qu’écoutent les gens. Et on mélange tout çà dans un style rock ou reggae.

T : Les textes ?
K.S : Ce sont des chansons d’amour et des histoires mais on essaie de renouveler la scène rock latino argentine, de ne pas répéter les formules de toujours, la salsa et le ragga-muffin. On se lance dans des rythmes plus locaux comme le wayno (?), çà ressemble à la cumbia mais c’est plus « indigène », la cueca (?) et le condombe (?) mais on travaille aussi de nouveaux sons et les voix électroniques, c’est à dire que l’on va plus loin que la cadre basique du groupe de rock latino. Je crois que l’erreur des groupes de rock latino en Argentine a été de faire trop de discours et de ne pas sortir voir ce qui se passe à l’extérieur, de ne pas chercher la nouveauté. Tous les groupes de rock arrivaient déjà influencés par la Mano Negra, Zebda, ici Todos Tus Muertos, qui eux n’existent plus parce qu’ils n’avaient pas la volonté de montrer leur appartenance à l’Argentine et les gens, même s’ils sont ouverts, ils veulent écouter autre chose que Jah et Rastafari. C’est difficile d’introduire le ska et le reggae de la manière dont le proposent les rude boys. Il faut être plus proche des gens comme réussit à le faire Zumo, un groupe de reggae argentin des années 80. Il est considéré comme le premier groupe de ska reggae en Argentine et est très populaire notamment grâce à son chanteur. Ensuite avec les Pericos et leurs sons plus argentins la scène ska s’est développée mais aujourd’hui il n’y a plus de scène ska car ce ne sont que des copies des Skatalites, de Madness, des Bad Manners. Je crois que l’avenir du ska en Amérique latine passe par l’utilisation courante des rythmes latins comme le fait Desorden Público. Nous, nous n’avons pas la prétention de nous définir comme un groupe de ska car on ne veut pas se mettre dans un quelconque mouvement. On fait du ska parce qu’on aime çà, çà nous influence mais nous ne sommes pas des rude boys, nous sommes ouverts et nous voulons regarder tous les gens. On n’a pas de cravates ni de costumes et d’ailleurs il y a des gens là-bas (en Argentine) qui pensent que tu es un rude boy, tu es un nazi, ce n’est pas clair pour eux. Les groupes populaires en Argentine aujourd’hui sont ceux qui sont proches des gens, qui ont une musique plus rock’n’roll. En ce moment il y a un bon groupe de ska qui s’appelle Mimi Maura, que j’aime beaucoup. Et justement ils ne se sont pas enfermés dans l’image du rude boy anglais qui n’a rien à voir avec l’Argentine.

T : C’est aussi le nom d’une chanteuse portoricaine ?
K.S : C’est vrai, elle est mariée avec l’ex saxophoniste des Cadillacs et vit en Argentine.

T : Dans vos textes, je ressens beaucoup d’humour, de l’amour, mais on parle aussi de religion…
K.S : Il y a beaucoup de références à tout ce qui est culte païen, qui est encore très important en Amérique latine, non pas dans les capitales mais dans les zones rurales. Les gens préfèrent appuyer leur foi et leur travail sur des personnes mortes tragiquement ou héroïquement, sur ces saints païens non officiels. On sait aussi que les gens vont prier la Vierge pour qu’elle les aide, qu’elle accomplisse des miracles et tout çà. L’important c’est cette énergie qui existe, qui est réelle lorsque les gens se rassemblent et ont foi en une réalité. Quand les gens croient en quelque chose ils font un pas vers l’avant ou vers l’arrière. Dans les années 30 en Allemagne certains ont eu foi et ont appuyé le nazisme, d’autres ont soutenu d’autres choses. Nous chantons un peu tout çà.

T : le nom Karamelo Santo lui même se réfère au sacré non ?
K.S : C’est un peu çà. Il y a des choses auxquelles on ne peut pas toucher. Je crois que c’est la conscience et l’inconscience populaire qui se mêlent. Donc Santo, c’est avoir une intention, une volonté de foi. Certains ont quitté le groupe mais on essaie d’aller toujours de l’avant, de pousser. On vient de la province et on est indépendant. On vit tous ensemble à Buenos Aires. On tourne dans notre pays comme aux USA ou en Europe même si c’est difficile. Ce qui compte c’est la foi et la persévérance car la musique ne se gagne jamais mais elle se perd si on abandonne. Avoir la foi en quelque chose c’est important, en plus Karamelo Santo sonne bien latino. On fait toujours référence à ce que les gens veulent croire et les gens veulent toujours croire en quelque chose, ils sont même prêts à inventer des icônes encore et toujours. Mais nous soutenons pas la religion spécifiquement. On veut que les gens positivent et parfois la religion leur permet de bien le faire, d’autres fois mal. C’est vrai que c’est un jeu très dangereux auquel nous jouons mais en fait nous latinos nous aimons jouer avec le feu.

T : Le mot Karamelo représente alors une icône ?
K.S : C’est un terme à la fois joli et moche, c’est comme une surprise. Le nom a plusieurs significations : cela signifie ostie en Espagne, c’est aussi une cumbia très populaire et encore d’autres choses...

T : Comment les gens définissent-ils votre musique en Argentine ?
K.S : En ce moment émerge une nouvelle scène rock latino très bonne. On nous voit comme des leaders après avoir gagné par forfait. En effet il y avait beaucoup de groupes comme les Fabulosos Cadillacs et Todos Tus Muertos mais ils se sont séparés. On a donc pu se faire connaître dans le pays parce qu’on regarde toujours à l’intérieur du pays et les gens s’identifient bien à nous.

T : parlons du nouveau disque qui sort ?
K.S : Il y a 17 titres mais en fait 14 chansons et 3 remix de DJ’ argentins. On a pas mal utilisé les rythmes argentins (condombé…) tout comme l’informatique avec beaucoup de morceaux proches du mouvement rave tel Asian Dub Fondation qui nous a influencé énormément. On a aussi utilisé des samplers. C’est un disque au final un peu bizarre mais très bon.

T : On m’a dit qu’il était plus rock ?
K.S : Oui il est plus puissant que les autres dans le sens où il y a des textes qui ne sont peut-être pas plus politiques mais parlent beaucoup du manque de foi, de la solitude, des combats qui sont parfois intérieurs.

T : il parle de la réalité économique et sociale ?
K.S : Oui définitivement mais aussi de ne pas se laisser aller et de continuer à travailler. C’est un disque positif car il s’appelle « Los Guachos ». C’est comme un gamin de la rue qui doit s’unir à une horde de chiens qui doivent vivre cachés dans les bas fonds de la ville. Ils partagent tout de manière étrange comme des frères, si fort que rien ne peut les séparer, même la mort. C’est un peu çà que l’on veut dire aux gens, qu’il faut soutenir son voisin.

T : Vous avez entamé une tournée ?
K.S : Oui l’an dernier nous sommes allés au Mexique et aux USA et on prépare une seconde tournée là-bas et là nous sommes en Europe.

T : Est-ce facile de se faire connaître en Amérique latine ?
K.S : Non, c’est difficile car dans ce continent le rock n’est pas aussi populaire qu’ici en Europe. Généralement ce sont les classes moyennes qui font du rock en Amérique latine tandis que les classes populaires écoutent plutôt de la cumbia et du hip-hop, sauf en Argentine et au Chili. Dans notre pays le rock est la musique des classes populaires. Karamelo Santo s’est montré et s’est fait connaître au niveau national grâce à Manu Chao dont nous avons fait les premières parties en Argentine (Mendoza, Rosario). Beaucoup de gens nous ont vu pour cette occasion.

T : Et venir en Europe c’est un rêve ?
K.S : Oui c’est un rêve car chaque jour nous sommes dans des lieux différents, on rencontre des gens différents. En plus, par exemple aujourd’hui nous sommes très fatigués car hier le concert était très chaud et plein. Nous avons utilisé toute notre énergie. Même quand nous somme sortis de scène les gens nous ont suivi jusqu’au restaurant et il nous a fallu chanter le répertoire folklorique latino-américain. Cela nous a pris encore beaucoup d’énergie, même si nous étions très contents.

T : Les projets ?
K.S : On continue de présenter le groupe en Europe, France, Allemagne, Autriche, Suisse, Danemark et de voir si des labels européens sont intéressés. On prépare déjà une nouvelle tournée qui nous mènera cette fois en Espagne et en Italie. On aimerait surtout jouer à Barcelone à cause de la concentration de latinos et de groupes.

T : Merci
K.S : Bonjour à tous ceux qui entendront ces quelques mots.

Merci les Karamelo Santo.

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