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Sergent Garcia

Pour la sortie de Sin Fronteras, Cigale Mécanik croise de nouveau la route du célèbre sergent dans un lieu peu commun puisque la rencontre se déroule dans l’antre de la nuit latine du bourgeois branchouille toulousain ! Rassurez-vous, le Sergent n’a pas viré sa cuti et l’entretien est comme d’habitude fort cordial. Bruno nous expose les nouvelles pistes musicales de cet album plus ouvert sur le monde que jamais.

 

Tu reviens avec un nouvel album… le deuxième ou le troisième ?
Sergent Garcia : Le troisième en fait. Le deuxième avec le groupe avec qui je joue maintenant depuis pas mal de temps (1997). Mais j’en avais fait un qui était sorti en février 1997 qui s’appelle Viva el Sargento que j’avais fait tout seul avec des machines. C’était un peu la présentation du projet qui allait devenir après Sergent Garcia et los Locos del Barrio.

Sin fronteras arrive avec certains changements, un nouveau son… comment le présenterais-tu ? Moins ragga, plus dans la tradition du son cubain ?
SG : Hum… je suis pas sûr non plus en fait ! Parce que si tu écoutes ce qui ce fait en ce moment à La Havane, ça ressemble pas non plus à Sergent Garcia. Peut-être dans le son, un petit peu plus d’accord. Et encore, je ne suis pas sûr. Je crois qu’on a essayé d’aller plus loin dans la fusion et du coup on a essayé de perdre un peu les gens pour qu’ils ne sachent pas s’ils écoutent de la salsa ou du reggae. Mais c’est vrai que quelque part il a un côté moins digital que ce que je faisais avant.
On a travaillé ce disque là autour du son qu’on a en ce moment : vraiment le son live, les instruments… Le disque est enregistré live, y’a une volonté de faire ce qu’on fait en ce moment sur scène. Et aussi parce que les sons digitaux qu’il y a dans ce disque là sont vraiment mélangés. Mais y’en a quand même ! Y’a pas mal de morceaux reggae « reggae », y’a peut-être moins de ragga.

Au niveau de l’énergie mise en œuvre, ça sonne moins ragga justement.
SG : C’est plus mélangé, c’est-à-dire qu’il y a toujours des parties où il y a du ragga mais ce n’est plus forcément sur du pur dance hall par exemple. Ca va être sur des trucs un peu funk où tout d’un coup la tchatche est ragga. On a essayé d’aller un peu plus loin dans les mélanges.

Parmi tous les papiers qu’on peut lire sur toi, on parle d’un petit parisien qui fait du son comme à La Havane. Comment tu expliques ça ? Tu as pas besoin d’aller là-bas pour capter l’esprit, le son, pour capter les influences ? Tu t’es nourri de cette culture musicale ?
SG : J’ai eu quelque part les plus grands professeurs puisque j’ai appris sur les disques. Tous les gens que j’adorais en musiques latines, j’écoutais leurs disques en boucle, je chantais par dessus et je reprenais les tumbos de piano, peut-être pas aussi bien qu’eux mais j’essayais de comprendre la mécanique. Maintenant ce qu’on fait nous, c’est quand même assez différent de ce qu’il y a à La Havane. Je pense que c’est particulier au travail du groupe avec moi. C’est aussi fait à Paris dans une ville d’Europe où il y a un métissage très grand. Je pense que ça, ça fait aussi partie de notre son, ce qu’il y a moins à La Havane.
Ce qui est intéressant à Cuba, c’est qu’il y a cette notion de métissage qui existe vraiment naturellement. La musique qu’on trouve là-bas, moi je m’y retrouve tout à fait parce que c’est déjà une fusion entre la culture africaine, la culture espagnole et peut-être même d’autres éléments. Quelque part, je fais faire à la musique un petit voyage à l’envers vers l’Europe, je la re-mélange avec des influences que j’ai eu moi. C’est assez large : ça va du hip hop à une énergie qui est peut-être plus proche du rock… Nous, on joue la salsa assez rock, finalement ; peut-être plus que des groupes à Cuba ou en Amérique du Sud qui la jouent plus indolente.

Est-ce que tu pourrais présenter les artistes qui ont collaboré à l’album ?
SG : L’album s’appelle Sin Fronteras parce que c’est une réflexion sur tout ce métissage et les relations entre les différentes cultures. Puisque la musique qui nous inspire, c’est la musique des Caraïbes, ça m’intéressait de faire le voyage à l’envers. : c’était de repartir pour aller d’une part vers l’Afrique et d’autre part vers l’Espagne. Donc on a fait un morceau avec Amadou et Mariam (NDLR : Seremos) qui représentait bien le son africain et l’esprit de fusion parce que leur travail à eux est aussi une certaine fusion entre le rock et la musique africaine. Ensuite je les ai vus sur scène, j’ai vraiment adoré. Je connaissais leur travail sur disque avant. On a un peu les mêmes centres d’intérêt, on développe les mêmes thèmes. Quand je les ai vus (ils sont aveugles tous les deux), j’ai pensé à un proverbe chinois qui dit : une seule main ne peut applaudir. Ils ont besoin des autres. Je me suis dit, c’est une bonne idée pour faire la chanson. Je leur ai proposé de faire une chanson sur ce sujet là. On s’est vus, on a travaillé ensemble et c’est sorti très, très vite : en trois répètes, c’était bouclé. Après, ils sont venus enregistrer avec nous au studio.
Pour l’autre participation, elle concerne Balbino qui est un guitariste/ chanteur gitan. Il joue depuis qu’il a quatorze ans dans les mariages. Il a toute une histoire avec la musique du Maghreb : il a beaucoup joué avec des artistes de raï dans les mariages. J’aime bien l’ouverture qu’il a vers l’Orient. On a pensé que c’était intéressant pour aller vers les racines espagnoles et gitanes de la salsa de faire un morceau qui soit un mélange de son et de rumba gitane. En plus, je me suis aperçu en côtoyant des cubains, des latino-américains, que la rumba gitane qu’on trouve en Catalogne et en Espagne, elle est super connue à Cuba. Ils reprennent des morceaux là-bas et ici aussi, ils reprennent des standards de chanson cubaine qui remettent façon rumba. Du coup, il y a une relation assez étroite entre le son et la rumba. Donc on a décidé de faire un morceau ensemble, Resisteme.

Est-ce que tu as eu l’occasion d’aller à Cuba et si oui, quelles images tu gardes de là-bas ? Quelles sont les couleurs, les odeurs de Cuba ?
SG : C’est « piquante » ! (Rires). Très, très piquante. C’est un pays qui est hallucinant. La vie y est très dure, ils sont sous blocus depuis quarante et quelques années. Y’a un niveau de culture qui est incroyable. Ils connaissent des poésies entières de leurs poètes, des chansons par tiroirs, la musique là-bas est omniprésente… C’est quelque chose de tellement naturel que tout le monde danse, joue plus ou moins d’un instrument. Y’a quelque chose autour de la musique d’hallucinant. Les gens sont super chaleureux. C’est vrai que moi aussi, je suis allé dans la famille de mes musiciens. J’ai beaucoup d’amis ici qui ont leur famille là-bas donc j’ai été très bien accueilli et ça a été vraiment toujours super bien. En plus, chaque fois que je vais là-bas, je prends une claque à chaque minute.
Ce qui se passe en fait, tu vois moi j’habite à Paris et je suis d’origine espagnole. Quand je suis à Paris, ça me manque la latinité, c’est-à-dire que même si y’a des soirées ou des bars, des trucs comme ça, ce n’est finalement qu’une copie de ce qu’il y a en Espagne. Quand je suis en Espagne, c’est le métissage qui me manque. Y’a pas assez de renois, de reubeus, pas assez de couleurs dans les rues, pas assez de cultures différentes. Quand je suis à Cuba, je retrouve tout ça en un seul endroit, plus la musique...

Ca voudrait dire que tu projettes peut-être de t’installer à Cuba, d’y avoir un pied à terre ?
SG : Ce n’est pas facile. C’est quand même là-bas une situation politique assez compliquée. Tu peux pas t’installer comme ça, comme résident, aussi facilement que tu le voudrais. Mais pourquoi pas ? Ca serait vraiment un plaisir, ce serait vachement enrichissant pour moi d’aller un ou deux ans à Cuba, jouer de la musique là-bas. C’est sûr que c’est une école, une école énorme. Le niveau des musiciens là-bas est tellement haut que c’est incroyable. Même les musiciens amateurs que tu croises dans la rue, ça joue grave.

Avec le groupe, t’as eu l’occasion de te produire là-bas ?
SG : Non, j’y suis juste allé comme ça mais on a un projet d’y aller au mois de mars ou avril 2002.

Tu penses que ça va être dur de jouer là-bas ?
SG : Ah non ! ! ! (Rires). Tu veux dire au niveau administratif ou au niveau du public ?

Le public doit être plus attentif…
SG : Là en fait on devait y aller en septembre 2001. Y’a eu un problème au niveau des visas et puis toutes ces histoires là (NDLR : les attentats aux USA). Bref, ça a été annulé mais y’avait beaucoup de gens qui étaient là-bas, d’amis à nous… On a pas mal diffusé le disque. Il passe sur les radios. Le clip aussi passe là-bas. Il y a pas mal de gens en fait qui connaissent Sergent Garcia. Une île, c’est pas très grand : le bouche à oreille va super vite. Je veux dire, quand je suis arrivé moi à Cuba, une semaine après tout le monde savait que j’y étais. C’était assez hallucinant : ça va super vite. Or il n’y a pas de téléphone là-bas. Y’a seulement un téléphone pour 20 maisons environ. Donc, les gens se parlent beaucoup plus.
Y’a beaucoup moins de télés aussi. Et quand on est dans la rue à Cuba, les portes sont ouvertes. Des fois j’étais chez des potes, on écoutait de la musique donc les portes ouvertes puis t’as un gars qui arrive, qui dit bonjour à tout le monde, qui rentre dans la maison qui s’assoit puis peut-être un quart d’heure après, repart. Je demande : « C’était qui ? On ne sait pas, c’était un mec du quartier… ». Parce qu’il a entendu un son qui lui plaisait, il rentre, il parle un peu avec tout le monde et puis il s’en va… En fait, j’attends avec impatience d’y aller car je sais que ça va être super.

T’as un projet de tournée en Amérique Latine aussi ?
SG : Oui à l’automne. On est en train de travailler dessus en ce moment mais ça prend du temps.

Comment se passe la distribution là-bas ?
SG : Ca sort à partir du printemps et de l’été (2002) selon les pays.

Je voudrais juste revenir sur les textes de l’album pour que tu nous expliques l’importance du message que tu fais passer et expliquer aussi la reprise de Los Desaparecidos.
SG : En fait, je fais des sortes de chroniques sociales ou des chroniques de quartier quelque part. Je raconte des choses qui se passent, que j’ai vues ou que j’ai imaginées mais qui peuvent être des situations de tous les jours. A partir de là, j’essaie d’y apporter une sorte de réflexion par rapport à des choses qui se passent ailleurs. Par exemple, Que traigan la salsa est un morceau qui raconte l’histoire d’une fête où y’a à manger, y’a plein à boire, y’a plein de musique mais les gars du quartier ne peuvent pas rentrer. C’est aussi une manière de parler de ce qui se passe entre les pays pauvres et les pays riches. Y’a tout ce qu’il faut ici et y’a plein de gens qui tapent à la porte et on leur dit « démerdez-vous ! ». Mais c’est une petite histoire finalement.
Après une chanson comme Adelita, c’est l’histoire d’un mec qui a vraiment pas envie d’aller travailler et qui préfère faire la sieste avec Adelita. En même temps, c’est aussi une réflexion sur le monde qui va à toute vitesse et des fois t’as envie de faire pause et de profiter du temps présent. Donc voilà, j’essaie toujours de donner un sens à mes paroles mais sans que ça soit un discours politique.
Et Desaparecidos est clairement politique. Mais malgré tout, j’utilise un peu la même technique que Ruben Blades. Lui, il part d’une situation qui est celle des gens qui cherchent leurs proches et qui se demandent ce qu’ils ont fait. Ils expliquent la situation, les dernières heures comme s’il racontait en fait la vie de ces gens qu’ils sont en train de chercher. Et on comprend dans la chanson que ces gens ont disparu parce que c’est la police qui est venue les chercher et c’est ce qu’on a appelé les disparus des juntes d’Amérique du Sud. Finalement, il part de quelque chose qui est assez concret pour arriver sur la question de la dictature militaire. Donc Desaparecidos est un hommage à Ruben Blades qui est pour moi une figure, quelqu’un que j’aime beaucoup aussi bien dans la musique que dans ses textes ou dans ses engagements. C’est aussi un hommage à tous ces gens à qui ces histoires là sont arrivées.

Sur Sin Fronteras, tu as fait un morceau en Français…
SG : C’est une histoire qui m’est arrivée à moi, personnellement. C’est quelqu’un que j’ai rencontré à Belleville, un mec qui venait du Liberia et qui ne savait pas où il était. Il ne savait pas où était la France, ni quels pays étaient autour. Il s’était retrouvé là après mille galères de clandestin. Le mec avait été enrôlé de force dans une armée là-bas. Il avait perdu toute sa famille. Il n’avait plus personne, plus de boulot, plus rien. Il était parti par des filières comme ça pour arriver au Canada. Il s’était retrouvé en Italie. Après, on l’a débarqué à Roissy. Il s’est retrouvé sans fric, sans rien. Je le croise à Belleville. Et donc t’imagines, toi, on te balance là au milieu de l’Afrique : « Qu’est-ce qu’il y a comme pays autour ? ». Ce gars là, il m’hallucinait parce qu’il avait une espèce de force… Je ne sais pas moi s’il m’arrivait un truc comme ça, je ne sais pas si j’aurais la force de vouloir continuer à vivre. Lui, il avait qu’un seul truc dans la tête. Il avait sa fiancée qui avait réussi à partir au Canada et donc il savait qu’il devait aller au Canada. Il fallait qu’il retrouve sa fiancée. Il savait même pas où mais voilà…
Ce gars, il m’hallucinait. C’était une espèce de force comme ça. Et donc j’ai écrit cette chanson : Je sais. Mais je voulais pas aborder l’histoire non plus d’une façon « le mec, il galère etc. » Donc là, c’est une chanson d’amour et sur la guerre. Cette chanson est en deux parties. La première partie, c’est Je sais. La deuxième partie, c’est Por ti et donc les paroles c’est : « Pour toi, ça vaut la peine de lutter ». C’est ce deuxième aspect, cette énergie…

Faire passer des messages aussi graves, sur une musique aussi chaleureuse, dansante, conviviale, c’est dur à gérer dans la composition ?
SG : Moi personnellement ça ne me pose pas de problème. Les Ludwig c’était aussi un groupe très rentre dedans, festif, tout ce que tu veux et les paroles étaient parfois super graves. J’ai toujours aimé la satire que ce soit dans les chansons ou dans d’autres choses et ça n’empêche pas de rigoler avec ça. Prends Coluche, t’as tout compris ! Il dit des trucs super graves avec une manière où tu te les prends en pleine gueule et tu rigoles en plus ! (Rires). Donc je pense qu’aussi bien à la musique qu’à l’humour…
La salsa, c’est une musique qui peut faire passer plein de messages avec cette énergie qu’apporte la musique, de patate et de combativité finalement. Il se passe beaucoup de choses tristes sur la Terre. Si tu pleures toute la journée en pensant aux choses tristes qui arrivent… j’essaie de prendre les problèmes, de les mettre en face, de les affronter et de dire : « Je vais te casser la gueule ! ».

Depuis Un poquito quema’o, tu as beaucoup tourné notamment à l’étranger. Comment on reçoit ta musique hors des frontières hexagonales ?
SG : On est allé un peu partout en Europe jusqu’en Hongrie. Là, c’était rigolo parce qu’en Europe de l’Est, la salsa est vraiment un truc exotique. Et les gens étaient super ouverts ! Je crois qu’on apporte un esprit qui est universel de toutes façons. L’esprit de la fête, il s’en fout des frontières, c’est aussi ce que veut dire ce disque. On est allé aux Etats-Unis, au Canada, on a joué à Puerto-Rico, en Espagne, en Italie enfin un peu partout en Europe… Même si au départ là où on nous connaît pas, les gens ont un petit temps de réaction (mais c’était pareil en France au départ), savoir qui c’est ces fous là ? Qu’est-ce que c’est que ce truc là ? Au bout de deux morceaux, les gens ont compris qu’on est pas méchants (Rires) et qu’on est là pour faire la fête donc ça se lâche.
J’ai pris aussi conscience qu’il existe un mouvement de musiques métissées un peu partout dans les grandes villes occidentales, et pas seulement avec la musique latine. En France, y’a bien sûr l’Orchestre National de Barbès, ici y’a Zebda et d’autres groupes…. Ensuite en Angleterre t’as Asian Dub Fondation qui font un travail similaire sur les sons avec d’autres influences. A Los Angeles, tu trouves Ozomatli qui est un collectif qui regroupe plein de gens latinos d’origines diverses qui font un truc vachement intéressant. T’as Los Fabulosos Cadillacs en Argentine, El Gran Silencio au Mexique… Je me suis aperçu qu’il y avait un mouvement qui était beaucoup plus grand que juste le côté « vague latino » ou « musiques festives ». Du coup, on plaît aussi au public de tous ces groupes là. Donc on retrouve un peu des ambiances similaires dans tous les pays : les gens qui essaient de penser mais qui aiment bien faire la fête.

Tu parlais de « vague latino ». C’est vrai qu’il y a eu un gros effet de mode depuis quelques années. Tu le prends comment ? Ca te gonfle, c’est galvaudé, c’est récupéré ?
SG : Y’a beaucoup de bien et beaucoup de mal dans tout ça. Je crois que c’est bien dans le sens où ça fait connaître la culture latine, en tous les cas, une partie. Ca a ouvert pas mal de portes pour passer sur les radios. Mais bon entre Compay Segundo et Gloria Estephan, y’a un monde ! Après « vague latino », ça veut pas dire grand chose. C’est juste qu’il y a des groupes qui chantent en espagnol. Mais y’a plein de groupes qui font vraiment des musiques différentes là-dedans. Cette vague là, avec le côté très commercial du latino, elle passera sûrement. Ne resteront que les gens qui font de la musique métissée, qui utilisent la musique latine comme moyen d’expression. Je crois qu’on est à un moment où musicalement c’est très intéressant. Il va y avoir plein de changements et plein de fusion dans les années qui viennent. Il y aura sûrement des trucs bien et des trucs moins bien et je pense que c’est aussi l’avenir de ces musiques là.

Au niveau de l’enregistrement, t’as encore travaillé avec Renaud Létang comme sur le deuxième album. C’est « on ne change pas une équipe qui gagne », ça a bien marché y’a pas de raison que ça continue pas ?
SG : Exactement. Je m’entends bien avec tous les gens avec qui j’ai travaillé jusqu’à présent et ça serait à mon avis une erreur, juste parce que j’ai eu du succès, de changer l’équipe. J’ai vu trop de gens qui ont fait ça et qui se sont plantés. J’étais très content du son du premier album. Renaud, c’est un gars qui est un des meilleurs ingénieurs du son que je connaisse. Pourquoi aller chercher ailleurs quand il est content de travailler avec moi ? (Rires).

Donc ça s’est fait très naturellement ?
SG : Ouais, on s’est rencontrés un peu avant l’enregistrement d’Un Poquito Quema’o et lui connaissait et aimait déjà ce que je faisais puisqu’il nous avait vus sur scène. En fait, c’est un gars issu de la même culture. Il a vécu au Venezuela et il a plongé dans le rock alternatif aussi. Il a été guitariste d’un groupe… On a un peu la même histoire.

Entre le premier disque sorti chez Crash et le deuxième t’as eu un gros succès. Comment tu l’as perçu ?
SG : Ben ça m’a fait plaisir de savoir que des gens appréciaient ce que je faisais. C’est clair que quand t’es musicien, t’es content quand t’as un peu de succès. Ca m’a aussi un peu surpris que ça soit…

Si brusque ?
SG : Non, ça n’a pas été si brusque parce qu’on avait fait plein de concerts. On voyait qu’il y avait du monde et donc on savait qu’en sortant l’album y’aurait des gens qui l’achèteraient. Ca ne s’est pas fait tout de suite, non plus. Y’a bien eu six mois avant le premier disque d’or. Puis ça a continué et ça continue encore. Là où ça m’a le plus surpris par contre, c’est que c’est en France où ça a le mieux marché. Peut-être aussi parce que la France est un pays qui a aujourd’hui une culture un peu plus ouverte. On est plus habitué à des sons qui viennent d’Afrique, d’Amérique du Sud. Il y a aussi beaucoup d’espagnols qui habitent ici et qui se reconnaissent dans cette culture. Puis, il y a le fait que j’ai été élevé ici et j’ai fait partie d’autres groupes. Ma carrière musicale s’est faîte ici, donc quelque part je ne partais pas de rien. Mais c’est sûrement ce qui m’a surpris le plus.

Je voudrai revenir sur Tamèrentong qui a fait une représentation au Chiapas. C’est un aboutissement pour les mômes d’avoir pu concrétiser ça ?
SG : Ah oui c’est énorme ! C’est vraiment un projet génial ! (très emballé). Tamèrentong, c’est une troupe d’enfants qui font du théâtre à Belleville autour d’une association qui a une volonté d’une part, d’ouvrir les enfants sur le théâtre mais aussi de les faire participer à la création, à l’écriture. C’est souvent des enfants qui sont en échec scolaire et qui redécouvrent par le théâtre l’utilisation du français, l’amusement qu’on peut faire avec les langues et le théâtre. Christine Pelican (?) qui est la directrice de cette troupe avait monté une pièce qui s’appelle Zorro el zapato, qui est un conte zapatiste. C’est un projet à partir duquel il y a eu un disque enregistré avec les enfants. La musique est faîte en partie par Karim, le chanteur des Ludwig. Moi, j’ai fait deux morceaux pour ce disque. Ils ont monté la pièce, ils l’ont jouée.
On a fait passer des disques aux zapatistes là-bas et on a reçu une lettre de Marcos ! Super, incroyable ! ! Il reprenait les passages du disque, les personnages, des trames de l’histoire et retransformait ça. Donc, il avait vraiment écouté et s’était intéressé au truc. Il nous a dit : « Je souhaite vraiment que vous soyez présents aux rencontres pour la paix à Mexico ». Quand on a reçu la lettre, on était tous super émus. On a décidé d’organiser ce voyage. On a fait tourner un peu les généreux donateurs qui sont autour de l’association. Les 24 mômes sont partis avec quelques adultes, les éducateurs. Ils se sont retrouvés là-bas et ont fait cinq représentations à Mexico. Ca a été un succès énorme ! Ils ont joué dans des salles de 2000 personnes, ont refusé 1000 à 1500 personnes tous les soirs. C’est un truc de dingues !
Les mômes étaient complètement hallucinés déjà de voir ce que c’était le Mexique. Ce sont des mômes de Belleville, parfois y’en a qui ne sont jamais allés à la mer de leur vie. Il y avait un projet éducatif autour de ça. Ils étaient logés dans un foyer dans lequel il y a des enfants de la rue qui sont recueillis. La galère, vue de leur côté à Belleville et la confrontation avec la galère mexicaine… Ils ont pris conscience de pleins de choses. C’était énorme. Après, il y a eu la rencontre avec les commandants zapatistes. Ils ne pouvaient pas être présents dans le théâtre pour des raisons de sécurité donc ils sont allés les chercher et les ont fait venir là où ils étaient hébergés. Il y a eu une présentation. Donc, il y avait 24 enfants et 24 commandants, tous sous cagoule. Les enfants avaient tous un cadeau. Les mômes étaient super émus, tout le monde pleurait même derrière les passe-montagne. Les commandants étaient super touchés de voir que des mômes jouaient ça à Paris et qu’ils étaient conscients de leur situation. Ensuite, ils ont joué un résumé de la pièce devant les commandants. Il y a eu une émotion terrible. Les gars sous leur cagoule pleuraient… Ca a été une expérience incroyable pour les enfants. Ils sont revenus avec plein d’images et une énergie incroyable. Ce sont des beaux projets. Ce sont des petits projets mais qui servent !

Tu te retrouves dans le mouvement anti-mondialisation ? Qu’est-ce que t’as pensé des événements de Gênes ?
SG : Oui je m’y retrouve dans le sens où moi j’ai l’impression de me battre tous les jours en prônant une mondialisation des cultures, des peuples…et qu’on veut tout le temps nous faire croire qu’il y a toujours qu’un moyen de diriger cette planète : c’est le système capitaliste sauvage. Donc, bien sûr je me sens concerné.

 

Propos recueillis par Cigale Mécanik, en compagnie de Toshiba et de Let’s Motiv, le 26 septembre 2001 à Toulouse.

 

Sergent Garcia : Sin Fronteras (Virgin).

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